Société
Une armée d’IA repère dans l’ADN un mécanisme jamais décrit
Un millier d’agents d’intelligence artificielle ont passé au crible des séquences d’ADN et mis au jour une organisation génétique encore inconnue. De quoi…


Un millier d’agents d’intelligence artificielle ont passé au crible des séquences d’ADN et mis au jour une organisation génétique encore inconnue. De quoi nourrir l’espoir d’un nouvel outil pour modifier le vivant, à condition de ne pas s’emballer trop vite.
Un millier de copies de Claude, l’IA développée par Anthropic, ont bossé de concert pendant vingt et une heures. Leur mission consistait à éplucher une vaste base de séquences d’ADN, un chantier qui prendrait normalement des semaines, parfois des mois, à un chercheur humain. De cette fouille est sorti un motif d’apparence discrète, mais jamais signalé jusqu’ici. Il se niche dans des virus qui s’en prennent aux bactéries, où de courts fragments d’ADN se répètent à intervalles réguliers, tout près d’une enzyme déjà répertoriée et d’une protéine dont personne ne connaît la fonction.
Cette disposition n’est pas sans rappeler CRISPR, le système de défense naturel des bactéries. C’est de lui que les scientifiques ont tiré des ciseaux moléculaires capables de découper et de réécrire les gènes, à l’origine de plusieurs médicaments d’édition génomique. De quoi donner des idées. Baptisé ART, ce nouveau système intrigue, mais son rôle exact reste un mystère, et Anthropic le reconnaît sans détour.
Car le résultat n’est pour l’instant qu’une prépublication, pas encore évaluée par la communauté scientifique. L’équipe n’a pas démontré que cette enzyme était active. Dario Amodei, le patron d’Anthropic, a lui-même qualifié la trouvaille de « préliminaire », devant le Conseil de sécurité de l’ONU où il plaidait pour une coordination internationale face aux dangers de l’IA. Elle « pourrait constituer un nouveau mécanisme d’édition génétique », estime-t-il, avant de prévenir que « ces capacités remarquables s’accompagnent aussi de risques qui doivent être gérés ».
Feng Zhang, professeur au MIT et l’un des pionniers de CRISPR, se montre pour sa part « vraiment intrigant » par l’identification de ces fragments d’ADN répétés, et juge qu’elle « mérite d’être approfondie ». Amodei a par ailleurs signalé qu’une équipe de l’université Stanford avait décrit de son côté un système comparable, mais distinct.
Le laboratoire, monté au printemps dans la région de San Francisco, ne manipule aucun pathogène capable d’infecter l’humain. Son patron n’écarte pas l’idée que Claude pilote un jour lui-même des équipements de laboratoire, à condition de s’entourer des garde-fous adéquats. La société a lancé fin juin Claude Science, un espace de travail pensé pour les chercheurs, et s’est engagée dans ses propres recherches de médicaments contre des maladies rares. Son rival OpenAI s’est de son côté fait remarquer en mathématiques, en revendiquant en début septembre la résolution d’un des sept problèmes du millénaire consacré à la mécanique des fluides. Dans un message rare sur X, Amodei a répété son ambition de « guérir la plupart des maladies en 5 à 10 ans », tout en admettant que l’IA ne raccourcirait pas à elle seule la durée des essais cliniques.
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