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Au Maroc, les urnes à l’épreuve du doute des jeunes

Des millions de Marocains ont désigné leurs députés après une campagne marquée par le pouvoir d’achat et l’emploi. La participation, surtout chez les…

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Au Maroc, les urnes à l'épreuve du doute des jeunes

Des millions de Marocains ont désigné leurs députés après une campagne marquée par le pouvoir d’achat et l’emploi. La participation, surtout chez les jeunes, sera la vraie mesure de ce scrutin qui ouvre la voie à un nouveau gouvernement.

Le Maroc a voté. Mercredi, près de 16 millions d’électeurs étaient appelés à désigner les 395 députés de la Chambre des représentants, sur une population de 36 millions d’habitants. Les bureaux ont fermé en début de soirée et les premiers résultats étaient attendus dans la nuit. Le taux de participation, provisoire, s’élevait à 28,05% selon le ministère de l’Intérieur. Un chiffre suivi de très près, en particulier chez les jeunes, dans un pays où le vote est souvent délaissé.

Ce rendez-vous arrive quelques semaines après un épisode qui a secoué le royaume. Fin juillet, des milliers de migrants, majoritairement de jeunes Marocains, ont franchi la frontière vers l’enclave espagnole de Ceuta. Ce mouvement a exposé au grand jour l’absence de perspectives d’une partie de la jeunesse, dans un pays pourtant présenté comme dynamique, porté par une croissance solide et de grands chantiers, à commencer par le Mondial-2030 coorganisé avec l’Espagne et le Portugal.

L’organisation de ce Mondial fait justement grincer des dents. Les sommes engagées dans l’événement sont jugées déconnectées des priorités du pays. On pointe des services publics à la traîne, des campagnes coupées des grands centres et un chômage qui reste haut. La crise de Ceuta, elle, n’a pas vraiment occupé le devant de la campagne. Mais les difficultés qu’elle a révélées ont irrigué les débats.

Dans le centre de Rabat, la défiance domine. Majda Bakatir, 59 ans, ne se rendra pas aux urnes. Elle dit avoir perdu toute confiance dans la classe politique et reproche à celle-ci de ne pas se préoccuper de la santé, de l’éducation ou du pouvoir d’achat. Karim Ennaciri, 55 ans, préfère y voir un test. À ses yeux, ce sont ces élections qui diront si les partis savent se renouveler.

Sans sondages, interdits pendant la période électorale, les observateurs y vont de leurs pronostics. Le Rassemblement national des indépendants, à la tête de la coalition sortante, est présenté comme l’un des favoris. Son chef, Aziz Akhannouch, a mené la campagne même s’il a quitté la direction du parti, en défendant son bilan, des réformes dans la santé et l’éducation à la hausse des salaires. L’homme d’affaires, à la fortune importante, reste toutefois rattrapé par des soupçons de conflits d’intérêts liés à son entreprise Afriquia, poids lourd de la distribution d’hydrocarbures.

L’autre favori est le Parti authenticité et modernité. Les deux formations, classées au centre droit et proches du palais, ont des profils similaires. Le PAM a récemment attiré une figure populaire en la personne de Fouzi Lekjaa, ministre du Budget et surtout connu pour diriger la fédération marocaine de football. Il promet de faire de la jeunesse un moteur plutôt qu’une laissée-pour-compte. Autre visage du parti, Fatima Ezzahra Mansouri, maire de Marrakech, pourrait devenir la première femme à diriger un gouvernement dans l’histoire du pays si son camp l’emporte.

Derrière ces favoris, l’Istiqlal, formation de droite historique, défend un programme centré sur les questions sociales. Dans l’opposition, le Parti de la justice et du développement, islamiste, se pose en force de rupture et promet de s’attaquer à la corruption.

Le parti arrivé en tête des législatives fournira le prochain chef du gouvernement. C’est le roi Mohammed VI qui le nommera, et il aura la charge de composer un exécutif pour cinq ans. Un pouvoir encadré toutefois par la prérogative du monarque sur les grandes orientations des secteurs stratégiques.

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