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Le Tigré reprend ses aéroports et défie le pouvoir d’Addis-Abeba

Les forces tigréennes ont pris le contrôle de trois aéroports et affrontent de nouveau l’armée fédérale sur plusieurs fronts. Face à cette montée en…

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Le Tigré reprend ses aéroports et défie le pouvoir d'Addis-Abeba

Les forces tigréennes ont pris le contrôle de trois aéroports et affrontent de nouveau l’armée fédérale sur plusieurs fronts. Face à cette montée en puissance, les appels à une désescalade immédiate se multiplient pour éviter un nouveau conflit à grande échelle dans le nord de l’Éthiopie.

Les forces du Tigré ont mis la main sur l’aéroport de Mekele, la capitale régionale, ainsi que sur ceux d’Axoum et de Shire. Dans la foulée, des combats ont éclaté avec l’armée fédérale éthiopienne le long de plusieurs zones frontalières, du côté de l’Amhara et de l’Afar. Deux localités de l’Afar, Abala et Erebti, se retrouvent au cœur des affrontements, et la première serait tombée aux mains des combattants tigréens, selon une source sécuritaire étrangère. Conséquence directe pour les habitants, Ethiopian Airlines a suspendu ses liaisons vers ces trois villes, alors qu’elle est la seule à assurer les trajets intérieurs dans le pays.

Officiellement, la paix était revenue en 2022 grâce à un accord signé à Pretoria. Ce texte avait mis fin à deux années d’une guerre d’une violence rare entre le pouvoir d’Abiy Ahmed et le Front de libération du peuple du Tigré. Mais la trêve n’a pas tenu. Le TPLF n’est plus autorisé en Éthiopie depuis 2025, et Addis-Abeba lui reproche de gouverner le Tigré sans légitimité. Les deux camps ont massé des troupes de part et d’autre de la frontière régionale, des accrochages ont déjà eu lieu, et des drones éthiopiens ont visé une dizaine de fois les forces tigréennes depuis le début du mois d’août. Un dirigeant du TPLF, Amanuel Assefa, assure que ses combattants ont été attaqués par voie terrestre depuis le sud et l’est du Tigré, et qu’ils ont reçu l’ordre de riposter. Il ne voit aujourd’hui aucune possibilité d’apaisement.

Le climat s’est encore durci avec la naissance, ces derniers jours, d’une coalition de sept groupes hostiles au pouvoir central. On y retrouve le TPLF aux côtés des milices amhara Fano et de l’Armée de libération oromo, réunis autour d’un même objectif, faire tomber l’exécutif d’Addis-Abeba. Cette alliance revendique des contre-offensives d’envergure face à ce qu’elle décrit comme des attaques aériennes et terrestres de grande ampleur, des affirmations que rien ne permet de vérifier de façon indépendante. Pour Kjetil Tronvoll, spécialiste de la région, le TPLF a franchi un cap décisif et aucun signe d’accalmie ne se dessine. Des organisations spécialisées dans le suivi des conflits redoutent que les autres membres de la coalition n’entrent eux aussi en action là où ils sont implantés. Même si aucun ne semble en mesure de menacer directement la capitale, cette multiplication de fronts pourrait épuiser une armée fédérale déjà très sollicitée.

Le souvenir de la précédente guerre reste vif. Entre 2020 et 2022, le conflit a fait au moins 600 000 morts selon une estimation de l’Union africaine, ravagé l’économie du Tigré et poussé plus d’un million de personnes à quitter leur foyer, sur une population de six millions d’habitants. À Bruxelles comme à l’Union africaine, qui avait parrainé l’accord de paix, on réclame désormais une désescalade immédiate, en insistant sur le respect du droit humanitaire international. Le TPLF, qui a dirigé le pays pendant près de trois décennies avant d’être mis à l’écart à l’arrivée d’Abiy Ahmed en 2018, est aujourd’hui accusé par le pouvoir de s’être rapproché d’autres groupes armés et de l’Érythrée voisine. Un rapprochement d’autant plus sensible que le président érythréen Issaias Afeworki avait envoyé son armée soutenir Addis-Abeba face au Tigré, avant que les deux dirigeants ne se brouillent.

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