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Des villages turcs se battent contre le charbon avant la COP31
La Turquie veut faire bonne figure à la COP31 en misant sur les énergies renouvelables. Dans le sud-ouest du pays, des familles s’accrochent pourtant à…

La Turquie veut faire bonne figure à la COP31 en misant sur les énergies renouvelables. Dans le sud-ouest du pays, des familles s’accrochent pourtant à leurs terres face à l’extension d’une mine de charbon.
Nejla Isik avance dans les lambeaux de la forêt d’Akbelen, non loin de son village du sud-ouest de la Turquie. Face à elle, une mine de charbon à ciel ouvert grignote la colline. Les habitants lui ont trouvé un surnom, le trou de l’enfer.
Le pays s’apprête à accueillir la COP31 à Antalya, dans le sud, à partir de lundi. Objectif affiché, vanter un bilan favorable aux énergies renouvelables. Mais ceux qui montrent l’autre versant de la réalité ne sont pas les bienvenus.
Depuis bientôt dix ans, Nejla Isik, 48 ans, et sa fille Esra, 26 ans, tiennent tête aux projets miniers qui abîment la province de Mugla. La première est maire d’Ikizkoy, un village de 70 foyers. Elle affronte la compagnie YK Enerji, qui veut agrandir la mine pour gonfler la production de ses deux centrales thermiques. La mine et la centrale jouxtent le village. Plusieurs procédures sont en cours, contre l’entreprise comme contre la présidence. En cause, un décret signé en janvier par Recep Tayyip Erdogan ordonnant l’expropriation en urgence de 679 parcelles.
Esra raconte une lignée de déracinements. Le village de sa grand-mère a disparu à cause de la mine. Celui de son père a été détruit. « Nous sommes une famille qui, depuis trois, quatre générations, a déjà été déracinée et notre terre pillée », lâche la jeune femme, en salvar, le pantalon bouffant traditionnel de la région. Le 31 mars, elle a été placée en garde à vue pour « obstruction à fonctionnaire ». Elle protestait contre une délégation officielle venue mener une expertise avant l’expropriation de six villages. Elle a passé 42 jours en détention. « Mon arrestation a donné une autre portée à notre combat en Turquie, mais aussi dans le monde », estime-t-elle.
D’autres habitants partagent ce bras de fer. Aytac Yakar, 56 ans, femme au foyer, a dû quitter Isikdere, son village natal englouti en 2018. Elle s’est installée dans un autre bourg, qui pourrait connaître le même sort. « Est-ce que j’ai l’air d’un oiseau migrateur ? » s’emporte-t-elle. Elle prévient qu’elle ne cédera pas sa maison, quitte à s’immoler par le feu sur place.
À Antalya, chefs d’État, experts et scientifiques vont débattre pendant deux semaines du réchauffement et des moyens de le freiner. Mère et fille n’iront pas et n’en attendent rien. Le Conseil d’État a rejeté leur recours contre les expropriations. « Je ne peux pas quitter mon village », explique Nejla Isik. « Je n’irai dans cette salle où nous savons déjà qu’ils ne nous écouteront pas alors que mon village est en train de brûler ici. »
Une loi adoptée en 2025 a déjà raccourci les délais administratifs pour les projets miniers et ouvert à l’exploitation des zones protégées, oliveraies comprises. « Nos maisons, nos tombes, nos oliviers, nos terres, tout cela est menacé d’être arraché de nos mains », redoute Nejla Isik, en désignant la zone sur une carte.
Tout le monde ne partage pas ce combat. La centrale thermique fait vivre une partie du secteur, assure un employé qui préfère rester anonyme, avec « 70 % » de son village qui y travaille. YK Enerji met en avant la sécurité énergétique du pays et dit alimenter plus de deux millions de foyers chaque jour. Son directeur général, Ahmet Eyidogan, explique que la production d’électricité exige l’accès à de nouveaux gisements, la quantité de charbon extraite baissant sur les sites actuels. Il promet un réaménagement des terres avec des espèces adaptées, et assure que les centres de village, mosquées, écoles et cimetières seront épargnés, avec des solutions alternatives pour les parcelles excentrées. Le groupe figure parmi les soutiens officiels de la COP31 et défend l’objectif de neutralité carbone, tout en jugeant la transition vers les renouvelables indispensable mais à mener de façon planifiée et progressive.
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