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Un pasteur promettait le paradis, des parents ont laissé mourir leurs enfants

Paul Mackenzie et vingt-huit de ses proches ont été reconnus coupables des meurtres de 190 enfants dans la forêt de Shakahola. Le tribunal de Mombasa rend…

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Un pasteur promettait le paradis, des parents ont laissé mourir leurs enfants

Paul Mackenzie et vingt-huit de ses proches ont été reconnus coupables des meurtres de 190 enfants dans la forêt de Shakahola. Le tribunal de Mombasa rend sa sentence vendredi, et le parquet réclame la peine capitale.

L’homme qui comparaît est un ancien chauffeur de taxi devenu pasteur autoproclamé. Le tribunal de Mombasa, ville portuaire posée sur l’océan Indien, l’a jugé coupable avec vingt-huit autres personnes des meurtres de 190 enfants et d’un adulte, commis entre janvier 2021 et septembre 2023. Les peines doivent être annoncées vendredi. La défense a déjà prévenu qu’elle ferait appel.

L’accusation décrit une mécanique d’une froideur absolue. Mackenzie aurait imposé à ses fidèles un jeûne radical jusqu’à la mort, en suivant ce que le parquet nomme une hiérarchie de la mort. Les enfants d’abord. Puis les adolescents, les femmes, et enfin les hommes. Des parents ont privé leurs propres enfants de nourriture et d’eau jusqu’à ce qu’ils succombent, persuadés de les envoyer auprès de Jésus parce que la fin du monde était imminente.

Les corps ont été retrouvés en 2023 dans l’arrière-pays, à quelques kilomètres des plages de Malindi, dans le sud du Kenya. Des centaines de fosses peu profondes, et des morgues locales débordées au point qu’il a fallu suspendre les fouilles. La commission nationale kényane des droits humains a avancé en 2024 un bilan de 429 morts, dont certains n’ont jamais été identifiés. En janvier, Mackenzie a été inculpé une nouvelle fois après la découverte de 52 corps dans un village voisin. Les médias ont très vite parlé du massacre de la forêt de Shakahola.

Jami Yamina, directeur adjoint du parquet national, a réclamé la peine capitale contre le gourou. Il met en avant l’ampleur des pertes humaines et la menace que ses actes font peser sur la société. Pour vingt-sept autres prévenus, le ministère public demande la perpétuité, en insistant sur leur endoctrinement profond et le risque qu’ils recommencent. Le vingt-huitième a plaidé coupable dans l’espoir d’une peine plus douce. Cent vingt témoins ont défilé à la barre pendant le procès.

La peine de mort figure toujours dans le droit kényan, mais la dernière exécution dans ce pays d’Afrique de l’Est remonte à 1987. Mackenzie répond par ailleurs d’accusations distinctes d’homicide involontaire et de terrorisme.

Les témoignages dessinent un mouvement qui rejetait l’école comme satanique, voyait dans la médecine et les hôpitaux des instruments du diable, et sommait ses adeptes de quitter le monde pour s’installer sur un ranch de 325 hectares au cœur de la forêt de Shakahola, une vaste étendue de brousse sur la côte kényane. Il avait fondé en 2003 l’Église internationale de la bonne nouvelle, avec des antennes à Nairobi et le long du littoral. Des milliers de fidèles l’avaient rejoint avant qu’il n’ordonne la fermeture en 2019.

Son arrestation date d’avril 2023, après que des fidèles ont été secourus grâce à l’alerte d’une organisation de défense des droits humains. Beaucoup de Kényans ont ensuite réclamé un encadrement plus strict des organisations religieuses. D’autant qu’il était déjà apparu que le pasteur avait été arrêté deux fois avant d’être relâché. Rien n’a bougé. Le président William Ruto se revendique lui-même chrétien, et les lieux de culte pèsent lourd dans les viviers électoraux. Des élections présidentielle et législatives disputées se profilent en août.

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