Société
Des centaines de milliers de manifestants et une conférence sociale convoquée dès lundi
Les défilés de jeudi ont rassemblé bien plus de monde que les journées précédentes, avec près de 600 000 personnes recensées par les comptages officiels…

Les défilés de jeudi ont rassemblé bien plus de monde que les journées précédentes, avec près de 600 000 personnes recensées par les comptages officiels et 1,6 million revendiquées par la CGT. Le gouvernement répond en convoquant dès lundi syndicats et patronat autour des salaires et du pouvoir d’achat.
La mobilisation a pris de l’ampleur. Jeudi, près de 600 000 personnes ont défilé aux quatre coins du pays selon les comptages officiels, quand la CGT en revendique 1,6 million, dont 350 000 pour la seule capitale. La courbe monte nettement par rapport aux trois journées précédentes, qui avaient réuni 550 000, 410 000 puis 320 000 participants les 17, 24 et 31 octobre.
Au cœur des cortèges, une même exigence revient, celle d’un salaire qui permette de vivre. Sophie Binet, à la tête de la CGT, résume l’enjeu sans détour. « La question qui est posée aujourd’hui, ce n’est pas est-ce qu’on va gagner, mais combien va-t-on gagner ? » lance-t-elle, en réclamant une hausse de 10 % du Smic. Sa homologue de la CFDT, Marylise Léon, vise un coup de pouce de 100 euros et attend « des réponses concrètes » aux difficultés que rencontrent les Français pour boucler les fins de mois.
Le gouvernement a entendu le message, du moins en apparence. Sébastien Lecornu a annoncé une conférence sociale lundi, réunissant organisations syndicales et patronales, avec l’ambition d’« apporter des réponses aux questions de pouvoir d’achat et de salaires ». Reste à voir ce qui en sortira. Les syndicats, eux, ne parlent pas de concertation mais d’avancées tangibles sur les fiches de paie.
Cette journée était la première depuis la rentrée à faire descendre public et privé côte à côte. Lycéens et étudiants s’y sont joints, avec des tentatives de blocage à Strasbourg, Marseille ou Bordeaux. Les gilets jaunes, mobilisés depuis trois samedis contre la vie chère, ont grossi les rangs, tout comme les agriculteurs de la Confédération paysanne. Près d’un millier de lycées ont été bloqués ou fermés administrativement selon le principal syndicat du second degré, quand le décompte gouvernemental n’en retient que 81 sur 3 700. Un tiers des établissements du supérieur ont été perturbés d’après l’exécutif, l’Union étudiante assurant de son côté que 90 % des quelque 70 universités étaient mobilisées. Côté grève, 16 % des enseignants ont cessé le travail d’après le décompte ministériel, le Snes-FSU en recensant 52 % dans les collèges et lycées. Plus d’un cheminot sur trois était en grève à la SNCF, et EDF comptait 18,9 % de grévistes à la mi-journée, alors que s’ouvraient des négociations salariales dans les industries électriques et gazières.
Les défilés n’ont pas tous été calmes. À Lyon, des violences ont éclaté en tête de cortège et un photographe portant un brassard presse a reçu cinq coups de matraque lors d’une charge de CRS. À Rennes, les affrontements se sont multipliés à partir de la mi-journée, après un départ pourtant bon enfant, entre musique et prises de parole. À Paris, de brèves tensions et des dégradations ont émaillé le parcours, les forces de l’ordre intervenant pour isoler les fauteurs de troubles. Raphaël Glucksmann, présent dans le cortège aux côtés de Jean-Luc Mélenchon et Marine Tondelier, a été sifflé puis a quitté la manifestation au bout d’une heure, après un signalement de black blocs place de la République. En amont, un temps de silence a été observé en hommage aux victimes de l’attentat raciste dans les Yvelines. Quelque 70 000 policiers et gendarmes avaient été déployés pour encadrer la journée. À Montpellier, 3 500 personnes ont bravé trombes d’eau et orages, sous vigilance orange pluies-inondations.
Derrière les chiffres, il y a des fins de mois qui ne passent plus. Fred, manifestant parisien proche de la retraite, résume son quotidien. « Depuis des années, je peux pas m’offrir de restaurants, de loisirs. Je peux juste manger et me loger. Je veux de quoi vivre. » À Bordeaux, Morgane et Tania, assistantes sociales de 30 et 29 ans, parlent des violences faites aux enfants, de la précarité, de l’accès au logement, du climat. « Les gens vont mal. Je reçois des personnes qui sont contentes parce que leurs enfants ont au moins un repas complet grâce à la cantine, et ça, je ne peux pas l’entendre », confie Tania. Symboles de cette journée, la tour Eiffel et l’Arc de Triomphe sont restés fermés, au grand dam des touristes venus les visiter.
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