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Pouvoir d’achat en baisse, la réalité derrière les moyennes

Les mobilisations de l’automne ramènent les salaires et le coût de la vie sur le devant de la scène. Derrière les chiffres moyens, le pouvoir d’achat…

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Pouvoir d'achat en baisse, la réalité derrière les moyennes

Les mobilisations de l’automne ramènent les salaires et le coût de la vie sur le devant de la scène. Derrière les chiffres moyens, le pouvoir d’achat recule pour la deuxième année d’affilée et l’écart avec le vécu des ménages se creuse.

L’automne aura été marqué par les rassemblements pour les salaires et la défense du pouvoir d’achat, dans un contexte d’inflation encore vive. Pour y voir clair, l’Insee part du niveau global de l’économie, puis descend jusqu’à l’individu en raisonnant par unité de consommation. Cette méthode tient compte de la taille et de la composition de chaque foyer. Elle mesure la quantité de biens et de services qu’un ménage peut s’offrir avec son revenu disponible, une fois l’évolution des prix intégrée. Résultat, le pouvoir d’achat par unité de consommation a fléchi de 0,7 % en 2025. Et il devrait encore perdre 0,6 % en 2026 si la tendance observée à la fin du deuxième trimestre se poursuit. La cause diffère selon les années. En 2026, la baisse découle d’une reprise de l’inflation que les hausses de salaires et de prestations sociales ne compensent pas totalement. En 2025, elle venait d’un recul des dividendes versés aux ménages.

Faut-il y voir un phénomène inédit? Pas vraiment. Le pouvoir d’achat a déjà reculé en 1983 et 1984, puis entre 2011 et 2013, rappelle le directeur général de l’Insee, Fabrice Lenglart. Sur la longue durée, la courbe reste orientée à la hausse, mais elle s’aplatit. Les Trente Glorieuses ont tiré les revenus vers le haut, avant un net ralentissement à partir du premier choc pétrolier de 1973, puis un coup de frein supplémentaire après la crise financière de 2008-2009. Si le pouvoir d’achat a tenu, c’est en partie grâce à l’intervention publique, comme le bouclier tarifaire de 2022 face à la hausse des prix de l’énergie, souligne l’économiste Nicolas Laine, de l’Institut Montaigne. Sauf que cette année, les marges de manœuvre pour ce type de transferts se sont refermées.

Reste un décalage tenace entre les statistiques et ce que les gens vivent. Les enquêtes d’opinion menées auprès des ménages montrent une chute du ressenti ces derniers mois, que ce soit sur leur situation personnelle ou, plus encore, sur la situation générale du pays. Un décrochage s’est même installé depuis le passage à l’euro. Plusieurs explications se cumulent. Les ménages réagissent davantage à certains prix qu’à d’autres, en particulier ceux des carburants et de l’alimentation. S’ajoute la montée des dépenses contraintes, ou pré-engagées, comme le loyer, l’eau, le gaz ou les abonnements téléphone. Leur part dans le revenu disponible brut des ménages est passée d’environ 13,5 % au début des années 60 à près de 30 % aujourd’hui. Et les chiffres publiés restent des moyennes, qui gomment les situations très différentes d’un foyer à l’autre.

La façon de calculer fait elle aussi débat. Certains économistes estiment que la méthode de l’Insee surestime le pouvoir d’achat. François Geerolf, de l’Institut français d’économie, propose par exemple de sortir les revenus du capital du calcul, ou de s’appuyer sur le salaire à structure constante, qui permet de suivre l’évolution de la rémunération pour un même poste sur la durée. Pour lui, le pouvoir d’achat baisse en réalité, en particulier depuis la crise de 2008, et il parle d’un déclassement généralisé. Un rapport parlementaire a d’ailleurs pointé des conventions statistiques qui posent question et recommandé de publier plusieurs indicateurs plutôt qu’un seul. Les évolutions salariales restent très faibles depuis trente ans, et plus lentes que chez nos voisins européens. Les salaires réels français seraient encore, en 2026, inférieurs de 2,4 % à leur niveau de 2019, contre une progression de 1,4 % dans l’Union européenne.

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