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Vantara, l’arche géante du milliardaire indien qui veut faire taire les doutes

Au Gujarat, un refuge de 1 500 hectares revendique 150 000 animaux et jure n’avoir que leur bien-être en tête, quand les organisations de défense de la…

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Vantara, l'arche géante du milliardaire indien qui veut faire taire les doutes

Au Gujarat, un refuge de 1 500 hectares revendique 150 000 animaux et jure n’avoir que leur bien-être en tête, quand les organisations de défense de la faune y voient un méga-zoo aux origines troubles. Son patron promet désormais un changement de cap et une transparence totale.

À Jamnagar, dans l’État du Gujarat, les éléphants traversent une forêt de teck et se baignent dans des lacs. Des hippopotames nagent dans d’immenses bassins vitrés. Le tout à l’ombre de la plus grande raffinerie d’Inde. Cette arche un peu folle porte un nom, Vantara, « l’étoile de la forêt » en sanskrit. Le site est fermé au public et piloté par Anant Ambani, 31 ans, fils cadet du multimilliardaire Mukesh Ambani, patron du groupe Reliance. Ses dirigeants affirment héberger près de 150 000 bêtes issues de plus de 2 000 espèces et d’une trentaine de pays, sur environ 1 500 hectares. Des chiffres contestés. Reste que la seule énumération des pensionnaires donne le vertige, avec plus de 200 pachydermes, autant de lions et de guépards, et une montagne d’oiseaux et de reptiles.

L’histoire démarre avec une éléphante d’Asie nommée Gauri, arrachée en 2009 aux rues du Rajasthan où elle accompagnait un mendiant. « Gauri était en piteux état », se souvient Kailash Nayak, son ancien maître, aujourd’hui l’un des 4 000 salariés du parc. « La vie est bien meilleure ici, pour nous deux. » Le vétérinaire Kushal Konwar Sharma, lui, fait visiter des bains d’hydrothérapie et des tables d’opération montées sur vérins, en assurant que les installations n’ont « pas d’équivalent en Inde », et peut-être pas ailleurs non plus. Anant Ambani, fervent hindou, résume la démarche à sa façon. Il dit voir Dieu dans ses animaux et Vantara comme son temple, né de la conviction que chaque être vivant mérite la dignité.

Le site s’est agrandi à partir de 2019, puis a pris de l’ampleur pendant la pandémie de Covid, quand des parcs du monde entier se retrouvaient privés de visiteurs et au bord du gouffre financier. Les animaux sont arrivés du Mexique, des pays du Golfe, de Thaïlande ou d’Afrique du Sud, auprès d’élevages, de parcs, de zoos ou de propriétaires privés décrits comme tous enregistrés. Longtemps discrète, cette croissance a été exposée en pleine lumière en 2024, quand le refuge a accueilli les festivités du mariage d’Anant Ambani, avec Mark Zuckerberg, Bill Gates et Rihanna parmi les invités. En 2025, le Premier ministre Narendra Modi a donné son onction au projet en l’inaugurant.

C’est justement en 2025 que la convention internationale sur le commerce des espèces menacées a tiré la sonnette d’alarme, en relevant que plusieurs spécimens présentés comme nés en captivité pourraient ne pas l’être, et en appelant le parc à ne pas devenir « incidemment un vecteur de la contrebande d’animaux sauvages ». Ses experts s’interrogent sur des dizaines de tortues d’un élevage privé allemand passées par un zoo du Togo et par la Belgique, ou sur des aras de Spix, perroquets brésiliens en danger d’extinction, arrivés via l’Allemagne sans feu vert de Brasilia. La présence d’un orang-outan de Tapanuli, espèce qui n’existe à l’état sauvage qu’en Indonésie, alimente aussi les soupçons. Le parc jure que l’animal était déjà captif et compte sur l’ADN pour le prouver. Son PDG, Vivaan Karani, martèle que Vantara n’a jamais violé la loi et s’appuie sur une enquête de la Cour suprême indienne qui n’a identifié en 2025 « aucune infraction ou aucun délit ».

La réserve a néanmoins changé son fusil d’épaule. Fin août, elle a recruté l’ancien patron de la convention internationale, John Scanlon, pour présider un conseil chargé d’approuver les acquisitions. Lui veut que « tout soit mis en œuvre » pour que les inquiétudes exprimées ne reviennent plus. Et le discours maison a évolué. Désormais, quand un animal peut être pris en charge dans son pays d’origine, les ressources du parc se déplacent vers lui plutôt que l’inverse. Sur la conservation, les ambitions affichées sont vastes. Vantara élève 200 guépards d’Afrique pour les réintroduire en Asie, où l’espèce a officiellement disparu en 1952, avec de premiers lâchers en Inde en 2022. Adrian Tordiffe, de l’université de Pretoria, qui pilote le programme, se réjouit de pouvoir un jour relâcher des animaux nés en Inde. Le parc fait de même avec des antilopes et pense aux chiens sauvages, aux tortues et aux dauphins d’eau douce. Il veut aussi créer une université de la vie sauvage et moderniser des zoos en Indonésie, au Laos ou en République démocratique du Congo.

Reste à convaincre. Vingt-sept associations ont noté la promesse d’un changement de cap, en prévenant qu’elles vérifieraient si les paroles sont suivies d’effets. « Ils ont importé des dizaines de milliers d’animaux en un temps très court », souligne Daniela Freyer, de Pro Wildlife, pour qui les violations constatées doivent avoir des conséquences. La convention internationale, elle, maintient ses doutes sur l’origine d’éléphants, de chimpanzés et d’orangs-outans, et presse l’Inde de poursuivre ses enquêtes. Vivaan Karani, lui, invite les ONG à venir voir sur place. « Nous ne sommes pas ennemis », répète-t-il, « nous avons la même mission ».

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