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Quatre pays accusés de vouloir affaiblir la science de la biodiversité

À Erevan, les négociations sur la biodiversité se tendent autour du rôle des rapports scientifiques. Quatre nations sont soupçonnées de vouloir édulcorer…

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Quatre pays accusés de vouloir affaiblir la science de la biodiversité

À Erevan, les négociations sur la biodiversité se tendent autour du rôle des rapports scientifiques. Quatre nations sont soupçonnées de vouloir édulcorer les conclusions qui doivent guider les décisions.

À la COP17, à Erevan, en Arménie, la fin des discussions sur la biodiversité se joue sur des mots. Près de 200 nations doivent trouver un accord avant la clôture, et le point qui bloque touche directement au statut de la science. Quatre pays sont accusés de vouloir affaiblir la portée des rapports de l’IPBES, le groupe d’experts soutenu par l’ONU. Un délégué français, qui a demandé l’anonymat, estime que la manœuvre rappelle ce qui se passe avec le Giec. Un négociateur d’un autre pays développé confirme que ces quatre nations sont à l’origine de la résistance.

Le bloc en question réunit la Russie, l’Arabie saoudite, l’Argentine et, dans une certaine mesure, le Brésil. Leur objectif, d’après les témoignages recueillis, consiste à édulcorer les rapports de l’IPBES, à empêcher qu’ils soient accueillis favorablement ou à s’en servir comme levier sur d’autres dossiers. Les deux évaluations visées portent sur les liens entre les crises de la nature et du climat, ainsi que sur les forces économiques qui nourrissent ces crises. Le débat se concentre sur quelques paragraphes du projet d’accord. Faut-il « accueillir favorablement » les conclusions scientifiques ou simplement en « prendre note » ? Dans le langage onusien, la seconde option pèse beaucoup moins lourd.

Pour le délégué français, le texte actuel manque d’ambition. Il faudra se battre pour réintroduire des formulations plus fermes avant la fin du sommet. Son argument tient en une phrase simple. Sans base scientifique solide, les discussions ne seraient plus qu’une suite d’opinions. Des universitaires et des militants présents à la COP17 ont publié une déclaration commune pour faire part de leur inquiétude. Le président de l’IPBES, David Obura, n’a pas voulu commenter des échanges encore en cours.

Ce bras de fer ne sort pas de nulle part. Les négociations climatiques fondées sur le consensus connaissent déjà des blocages récurrents, avec des pays producteurs de pétrole accusés de freiner les efforts sur les combustibles fossiles, les déchets plastiques et d’autres atteintes à l’environnement. La science climatique reste un terrain sensible. Le Giec se trouve dans une impasse, l’Arabie saoudite et l’Inde faisant pression pour retarder la publication de prochains rapports de référence. Un résumé clé du « Global Environment Outlook », rapport scientifique phare de l’ONU, a même été torpillé récemment à cause de désaccords entre nations sur les combustibles fossiles.

Pour certains négociateurs, le risque dépasse le texte en discussion. Le précédent compte autant que le contenu. Les rapports du Giec ont presque toujours été politisés, rappelle un négociateur. En biodiversité, les controverses étaient plus rares jusqu’à ces dernières années, et elles gagnent désormais la COP. Les discussions de formulation ont toujours existé, mais le climat général s’est nettement dégradé. Bethan Loughlin, spécialiste des politiques à la Zoological Society of London, juge la tendance inquiétante. À ses yeux, l’enjeu réside moins dans ce texte précis, malgré son poids, que dans l’ouverture qu’il crée pour la suite.

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