Nous rejoindre sur les réseaux

Planète

Au Gabon, une forêt immense garde encore des plantes que personne n’a nommées

Le Gabon abrite une flore d’une richesse rare, dont une partie reste inconnue des scientifiques. À Libreville et en forêt, des botanistes identifient…

Article

le

Au Gabon, une forêt immense garde encore des plantes que personne n'a nommées

Le Gabon abrite une flore d’une richesse rare, dont une partie reste inconnue des scientifiques. À Libreville et en forêt, des botanistes identifient, conservent et tentent de sauver ces espèces face aux pressions humaines.

Alors que la COP17 sur la biodiversité se tient en Arménie, le cas gabonais illustre un enjeu central, connaître pour mieux protéger. Le pays d’Afrique centrale reste couvert de forêts à 88 %. Il appartient au bassin du Congo, deuxième massif forestier tropical du monde après l’Amazonie. Avec les océans, ce massif compte parmi les grands poumons de la planète. Certaines zones de forêt primaire demeurent hors d’atteinte, faute de routes. C’est dans ce décor que travaille une trentaine de botanistes de l’Herbier du Gabon, un établissement public décrit par son directeur, Archange Boupoya, comme une sorte de musée des plantes du pays.

« On ne peut pas préserver ce que l’on ne connaît pas », estime Archange Boupoya. Le botaniste rappelle que le Gabon demeure très peu connu sur le plan botanique, contrairement à l’Europe ou à l’Asie. Les explorations menées en forêt permettent de repérer en moyenne dix espèces nouvelles pour la science au fil des campagnes. Le pays compterait entre 7 000 et 10 000 espèces végétales connues, dont environ 10 % seraient menacées. Pour avancer, les équipes partent sur le terrain pendant plusieurs semaines, récoltent des plantes, les font sécher dans des fours, puis documentent chaque spécimen avant de le classer à l’Herbier.

L’identification mobilise ensuite un réseau de spécialistes au Royaume-Uni, aux États-Unis, en France et en Belgique, nourri par une coopération ancienne avec le jardin botanique du Missouri. Les fleurs sont envoyées à travers le monde pour être étudiées. Quand une espèce inconnue apparaît, il faut encore la décrire et faire reconnaître sa découverte par la communauté scientifique internationale. À l’arborétum de Sibang, en plein Libreville, des dizaines d’orchidées flottent sous une ombrière ou grimpent sur des colonnes métalliques. Toutes les variantes gabonaises de cette plante très recherchée y sont conservées, dans un petit morceau de forêt tropicale au cœur de la capitale.

À quelques kilomètres de là, environ 100 000 échantillons reposent dans d’imposantes armoires métalliques au siège de l’agence des parcs nationaux. Ces archives de la flore gabonaise ont été déplacées après l’incendie de l’ancien siège de l’Herbier, à l’entrée de l’arborétum, pendant les violences post-électorales. Certains spécimens sont très anciens. D’autres, conservés dans l’alcool, concernent des plantes aquatiques que les scientifiques cherchent à maintenir en vie. Archange Boupoya y voit une façon de garantir une survie à des végétaux fragiles.

Les menaces, elles, ne manquent pas. L’urbanisation, l’industrialisation, l’exploitation forestière, minière et pétrolière pèsent sur la biodiversité. Parmi les plantes en danger figurent plusieurs podostémacées, une famille aquatique proche des mousses qui pousse sur les pierres et les rochers près des chutes d’eau. À une centaine de kilomètres de Libreville, le barrage hydroélectrique de Kinguélé aval, en cours d’achèvement, risque de détruire l’habitat de ces plantes dans la zone. Des mécanismes de compensation écologique, auxquels les botanistes contribuent, peuvent toutefois conduire à déplacer ou à réintroduire ailleurs des espèces menacées par des projets d’infrastructure.

Les scientifiques doivent aussi composer avec des conditions de travail compliquées. Depuis l’incendie, ils manquent de locaux adaptés pour conserver les végétaux. Les financements restent insuffisants et la pression urbaine grignote l’arborétum de Sibang, dont la surface se réduit d’année en année. Les botanistes espèrent attirer des financements privés, notamment sous forme de crédits biodiversité. Ces pistes figurent parmi celles évoquées dans l’accord de Kunming-Montréal. « Nous avons encore beaucoup de travail et beaucoup à explorer », conclut Archange Boupoya devant une carte du Gabon qui montre l’ampleur des zones encore inexplorées.

À lire aussi

Click to comment

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Les + Lus