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À Ulm, le blocage devient une école de la critique

À l’École normale supérieure d’Ulm, des étudiants ont transformé le blocage en rendez-vous de débats et de conférences ouverts à tous. La direction pose…

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À Ulm, le blocage devient une école de la critique

À l’École normale supérieure d’Ulm, des étudiants ont transformé le blocage en rendez-vous de débats et de conférences ouverts à tous. La direction pose ses conditions avant d’accepter une réouverture complète des locaux.

Adossés aux murs, un stylo à la main, plusieurs dizaines de normaliens suivent une conférence sur le « chantage à la dette ». Arthur Jatteau, économiste et enseignant à Nanterre, y défend l’idée que des contraintes budgétaires peuvent masquer des choix politiques. Autour de lui, le blocage entamé à l’automne s’est mué en université populaire. Matthias, étudiant en mathématiques, insiste sur une organisation horizontale, sans hiérarchie, pensée par les étudiants et pour eux. L’objectif affiché reste clair. Nourrir une réflexion critique et toucher le plus de monde possible.

Les discussions ne tournent pas uniquement autour des cours. Les étudiants parlent de leurs privilèges, revendiquent de l’empathie et voient le blocage comme un moyen, pas comme une fin. Elvire, en histoire de l’art, met en avant des conférences reliées à la mobilisation. L’expérience de Vincennes, née après Mai-68 et détruite en 1980, sert de référence. Le programme mélange la ville utopique au cinéma, une intervention du philosophe Étienne Balibar ou une conférence sur la rhétorique d’Emmanuel Macron. Louison, 21 ans, y cherche une autre façon d’étudier. Elle doit aussi trouver une salle pour travailler, car son université Panthéon-Sorbonne est fermée. Dans la cour, des crêpes sont préparées, des pancartes attendent la prochaine manifestation et un mégaphone appelle à une réunion.

La direction de l’ENS ne rejette pas le principe. Elle estime toutefois qu’une université populaire n’est acceptable que dans le cadre de l’école, sans occupation des locaux et dans le respect des règles sur les activités associatives et les invités extérieurs. Ces conditions ne sont pas remplies en l’état, ajoute-t-elle, et une adaptation est demandée pour permettre une réouverture complète. Tous les étudiants ne partagent pas l’enthousiasme. Maxime, 21 ans, juge les conférences pas assez radicales. Pour lui, l’ENS aime jouer avec les idées sans faire de politique. Il souhaite une mobilisation politique, pas symbolique.

Ailleurs, le mouvement lycéen a conduit à des manifestations, des blocages et des occupations d’universités. Les cours passent à distance quand les enseignants acceptent, ou sont annulés. Des milliers de lycéens et d’étudiants ont encore défilé à Lille, Lyon et Rennes. À Nanterre, Créteil et Sorbonne Nouvelle, des collectifs organisent comme ils peuvent des universités populaires. À Paris Cité, l’un de ces rendez-vous se tient sur le trottoir, sous des bâches bleues. Le public s’assoit sur des palettes ou en tailleur, face aux poubelles jaunes et vertes qui bloquent l’entrée des Saint-Pères. David Gaborieau, sociologue, y propose une tentative d’analyse du mouvement de jeunesse. Intervenir lui permet de garder le lien avec les étudiants et de continuer à réfléchir dans le mouvement et pour le mouvement.

Avant le début d’une conférence, certains jouent aux cartes, tricotent, grignotent et rient. Marie, en licence de sciences sociales, voit dans ces rendez-vous un moyen de créer des activités et d’attirer des personnes qui ne viendraient pas seulement pour le blocage. Gabriel résume l’ambition de ses camarades par une phrase simple. Pouvoir se dire qu’on a bloqué et qu’on a aussi appris des choses intéressantes. Deux étudiantes sont venues par curiosité, entre amies. Elles n’ont eu que trois semaines de cours.

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