Économie
La BCE garde ses taux et renvoie la France à ses responsabilités
Réunie jeudi, la banque centrale européenne devrait laisser son taux de dépôt à 2,5 %, sans geste pour calmer l’envolée des taux français. Francfort…

Réunie jeudi, la banque centrale européenne devrait laisser son taux de dépôt à 2,5 %, sans geste pour calmer l’envolée des taux français. Francfort répète que la sortie de crise se trouve d’abord à Paris.
Aucun changement à attendre du côté de Francfort. Le conseil des gouverneurs devrait maintenir ses taux directeurs en l’état, le taux de dépôt restant à 2,5 % après les deux relèvements décidés plus tôt dans l’année. La flambée des prix de l’énergie provoquée par le conflit au Moyen-Orient reste évidemment au centre des préoccupations, mais les quelques indicateurs publiés depuis septembre ne plaident pas pour un changement de trajectoire. L’institution préfère observer avant de bouger.
Sauf que le dossier français va vite s’inviter à la table. Le pays fait désormais figure de point faible de la zone euro. La semaine dernière, le rendement de l’emprunt d’État à dix ans a dépassé les 5 %, une première depuis 2002. L’écart avec le Bund allemand de même maturité a franchi les 170 points de base, un niveau plus atteint depuis l’automne 2011. Les investisseurs scrutent une dette et un déficit parmi les plus lourds du continent, un débat budgétaire 2027 qui s’annonce houleux et une élection présidentielle encore floue. Le climat social s’est en plus durci ces derniers jours, entre colère profonde et rassemblements émaillés de violences et de pillages.
Vendredi, Moody’s a pourtant choisi de ne rien toucher. L’agence maintient sa note Aa3, assortie d’une perspective négative, et explique son choix par une hypothèse simple. Elle parie sur l’adoption d’un budget 2027 qui réduirait le déficit public, et sur une certaine décrue des tensions sociales dans les mois à venir. Autrement dit, la note tient pour l’instant à une promesse de redressement, pas à des résultats déjà acquis.
Reste la question que tout le monde se pose, celle d’un éventuel coup de pouce de la BCE sur le marché obligataire. L’instrument créé en 2022 pour ce type d’intervention n’a jamais servi. Les économistes le répètent, la barre reste haute. Il faudrait que Francfort juge l’écartement des taux français injustifié au regard des fondamentaux et dangereux pour la transmission de sa politique monétaire. Un tel verdict serait éminemment politique, à quelques mois de la présidentielle, avec le risque de traîner l’institution dans le débat national et de faire naître des doutes sur son indépendance. Christine Lagarde l’a répété sans détour, les moyens d’enrayer la montée des rendements français doivent d’abord être trouvés en France.
La décision de la BCE viendra après celle de la Réserve fédérale américaine, attendue mercredi sur un statu quo du même ordre. Dans la zone euro, l’inflation a grimpé à 3,8 % en septembre, son plus haut niveau en trois ans, mais la hausse des prix hors énergie n’a quasiment pas bougé. Les carburants plus chers n’ont donc, pour l’instant, produit que très peu d’effets de second tour. Certains économistes vont plus loin et estiment que la crise française a même diminué les chances d’un relèvement supplémentaire, les marchés obligataires ayant déjà, en partie, fait le travail à la place de la banque centrale. La remontée générale des rendements mondiaux traduit les inquiétudes sur l’endettement public, l’inflation et les besoins de financement de l’intelligence artificielle. En renchérissant le crédit pour les ménages et les entreprises, elle agit presque comme une hausse des taux. La majorité des spécialistes continue malgré tout d’anticiper un dernier tour de vis en décembre, quand de nouvelles prévisions de croissance et d’inflation seront disponibles.
Christine Lagarde devrait aussi être interrogée sur son avenir personnel. Les spéculations autour d’un départ anticipé, avant la fin de son mandat en octobre 2027, ont été relancées ces dernières semaines.
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