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L’IA s’apprête à déverser des milliards dans le caritatif

L’entrée en Bourse d’Anthropic va propulser ses cofondateurs parmi les milliardaires, et ils ont promis de reverser 80% de leur fortune à des œuvres…

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L'IA s'apprête à déverser des milliards dans le caritatif

L’entrée en Bourse d’Anthropic va propulser ses cofondateurs parmi les milliardaires, et ils ont promis de reverser 80% de leur fortune à des œuvres caritatives. Le même schéma se dessine chez OpenAI, avec une question centrale sur les causes qui bénéficieront réellement de cette manne.

Le créateur du chatbot Claude s’apprête à franchir le pas de la Bourse, une opération attendue prochainement. Ses cofondateurs deviendront milliardaires sur le papier, et ils se sont engagés à céder 80% de leur pactole à des organisations caritatives. À cette somme s’ajoutent les fortunes naissantes des salariés, devenus millionnaires, et les 5% du capital que la société elle-même consacre à sa structure philanthropique. Le total pourrait atteindre plusieurs dizaines, voire plusieurs centaines de milliards de dollars de dons.

OpenAI présente une configuration similaire. Sa fondation détient 26% du capital de l’entreprise, valorisée 852 milliards de dollars lors de sa dernière levée de fonds. De quoi annoncer ce que la responsable du caritatif chez Stripe, Nan Ransohoff, appelle la troisième vague de la philanthropie américaine, après les capitaines d’industrie du début du XXe siècle puis les barons de la tech un siècle plus tard. Les équipes des deux fleurons de l’IA partagent aussi une même culture, l’altruisme efficace, ce courant qui pousse ses adeptes à consacrer temps et revenus aux causes au plus fort impact. La question qui monte, comme le souligne Laura McGarry, du cabinet Graham-Pelton, porte sur les organismes qui en profiteront.

La fondation d’OpenAI a déjà engagé plusieurs centaines de millions de dollars dans des programmes de santé publique, le déploiement d’outils d’IA ou la gestion d’événements climatiques, souvent en passant par des acteurs de terrain déjà en place. Anthropic, de son côté, offrait déjà à ses employés qui donnent des actions à des œuvres un abondement à parité. La nouvelle entité caritative veut désormais gagner en latitude. L’entreprise évoque d’importantes donations à des organisations traditionnelles, mais aussi des distributions directes à des populations ciblées. Elle va jusqu’à envisager une aide financière aux salariés dont le métier sera le plus bousculé par l’IA.

Cette perspective inquiète certains acteurs du secteur associatif. Matt Leighty, fondateur du cabinet de conseil GrantFlow, redoute que ces fortunes de la tech ignorent l’écosystème caritatif classique. Dans la galaxie de l’altruisme efficace, des plateformes sélectionnent depuis une dizaine d’années associations et ONG selon des critères d’efficacité, souvent avec des fondateurs issus de la tech. Ces réseaux disposent déjà de liens avec les futures grandes fortunes de l’IA, préoccupées par la sécurité de leur technologie. Plusieurs observateurs s’attendent donc à voir les dons se diriger vers des organisations indépendantes et des laboratoires qui étudient les risques et l’encadrement des modèles.

La concentration des dons entre quelques mains n’est pas sans effet. Sarah Wolfolds, professeure à l’université Cornell, met en garde contre des gros donateurs réunis dans une même sphère, capables d’orienter les priorités et de laisser de côté des causes hors de leur spectre. L’altruisme efficace a déjà été critiqué pour avoir privilégié, au nom de la rationalité, des actions dans des pays à faible développement économique, au détriment de grandes causes en Amérique du Nord ou en Europe. Les alertes sur les dangers de l’IA se sont par ailleurs multipliées, jugées exagérées par des spécialistes et des politiques. Michael Moody, professeur à l’université de l’Indiana, anticipe un examen attentif des causes soutenues, que les dons viennent d’individus ou de fondations. Il reste une question de fond, alors que Dario Amodei, le patron d’Anthropic, a lui-même alerté sur les effets déstabilisateurs de l’IA. Quel impact ces dons auront-ils sur ces conséquences ?

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