Nous rejoindre sur les réseaux

Économie

La France emprunte désormais plus cher que les États-Unis

Le taux de l’OAT à dix ans a franchi les 5 % cette semaine, du jamais-vu depuis 2002. Les investisseurs doutent de la capacité du pays à remettre ses…

Article

le

La France emprunte désormais plus cher que les États-Unis

Le taux de l’OAT à dix ans a franchi les 5 % cette semaine, du jamais-vu depuis 2002. Les investisseurs doutent de la capacité du pays à remettre ses comptes à l’endroit, et le calendrier politique n’aide en rien.

Les marchés ont réservé un accueil glacial aux obligations françaises. Jeudi, le rendement de l’OAT à dix ans s’est envolé de 13,6 points de base pour atteindre 5,12 %, un niveau qu’il n’avait plus touché depuis 2002. En cours de séance, il est même monté jusqu’à 5,1415 %. La veille, la barre des 5 % avait déjà été franchie pour la première fois depuis juillet 2002.

Le symbole est fort. Pour la première fois depuis 2013, la France emprunte à dix ans plus cher que les États-Unis. Le rendement des Treasuries de même échéance reculait jeudi de 6,4 points de base, à 5,0815 %, les investisseurs se tournant vers les actifs souverains américains, jugés plus sûrs, dans un contexte de nervosité sur les valeurs technologiques. Le taux de référence américain s’éloigne ainsi de son sommet de 24 ans, à 5,365 %, atteint plus tôt dans le mois. Même si le statut de valeur refuge de la dette américaine a été discuté récemment, vu le niveau d’endettement des grandes économies, les acheteurs semblent pour l’instant privilégier la sécurité qu’elle offre. Rappel utile, les prix des obligations et leurs rendements évoluent en sens inverse.

Autre signal d’alerte, l’écart de taux entre l’OAT française et le Bund allemand à dix ans s’est creusé à 167,8 points de base, du jamais-vu depuis 2011. Cette prime mesure ce que les investisseurs exigent en plus pour prêter à Paris plutôt qu’à Berlin. Son ampleur traduit une défiance croissante envers la trajectoire budgétaire du pays.

Le contexte social n’arrange rien. Mercredi, les principales organisations syndicales ont appelé à une mobilisation d’ampleur le 5 novembre, la CGT allant jusqu’à lancer un mot d’ordre de grève générale, après avoir été reçues à Matignon par Sébastien Lecornu pour faire le point sur la crise sociale. Les tensions compliquent encore le vote du budget, alors que l’exécutif ne dispose quasiment d’aucune marge pour financer de nouvelles dépenses ou des baisses d’impôts, résume une économiste d’ING France. Le pays n’a donc ni l’espace budgétaire pour acheter la paix sociale, ni l’espace politique pour imposer facilement l’ajustement nécessaire.

Vendredi, l’agence Moody’s doit rendre son verdict sur la note souveraine française. Elle l’a placée sous perspective négative, à Aa3, après avoir porté un diagnostic pessimiste sur la situation politique et économique du pays et jugé très incertain qu’un compromis émerge au Parlement sur le projet de loi de finances, qui prévoit 43 milliards d’euros d’économies.

Le climat des affaires dans l’industrie a pourtant progressé plus que prévu en octobre, à 105 points, selon l’enquête mensuelle de conjoncture de l’Insee. Une éclaircie que les économistes d’ING jugent déjà rattrapée par les événements récents. L’enquête ne capte pas encore les conséquences des tensions sociales, et la hausse des taux, la faiblesse du marché du travail et la dégradation des finances publiques assombrissent les perspectives. L’incertitude politique à l’approche de la présidentielle d’avril-mai pèse aussi sur l’optimisme des investisseurs à six mois. ING table sur une croissance limitée à 0,3 % cette année et à 0,6 % en 2027, avec des risques orientés vers une nouvelle révision à la baisse.

À lire aussi

Click to comment

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Les + Lus