Économie
L’unique usine française d’obus de 155 mm au bord du dépôt de bilan
Europlasma, propriétaire des Forges de Tarbes, a demandé l’ouverture d’un redressement judiciaire. Salariés et élus redoutent de voir disparaître un site…

Europlasma, propriétaire des Forges de Tarbes, a demandé l’ouverture d’un redressement judiciaire. Salariés et élus redoutent de voir disparaître un site stratégique qui fabrique les fûts d’obus des canons Caesar livrés à l’Ukraine.
Soixante salariés, un savoir-faire rare et une menace qui pèse sur toute une chaîne de défense. Les Forges de Tarbes, dans les Hautes-Pyrénées, sont la seule usine française à produire des fûts d’obus de 155 mm. Ces pièces équipent notamment les canons Caesar utilisés par les forces ukrainiennes. Le site est aussi l’un des derniers vestiges de l’ancien arsenal de Tarbes, un héritage industriel qui remonte loin.
La nouvelle est arrivée sous la forme d’un communiqué. La direction d’Europlasma, propriétaire des lieux depuis deux ans, a sollicité le tribunal de commerce de Tarbes pour ouvrir une procédure de redressement judiciaire. La décision a été prise après une réunion extraordinaire du comité social et économique. Pour José Navarro, syndicaliste CGT dans le département, l’usine se trouve « en état virtuel de cessation de paiement ». Les salariés, eux, avaient déjà sonné l’alarme. Dans une lettre ouverte rendue publique début octobre, ils confiaient leur désespoir. « Nous avons le sentiment de ne pas être soutenus, ni entendus », écrivaient-ils, réclamant « solennellement l’intervention de l’État ». Ils affirment n’avoir jamais vu arriver les investissements promis et pointent le silence de la direction.
L’inquiétude dépasse largement les murs de l’usine. Deux autres sites du groupe vivent une situation critique. La Fonderie de Bretagne est en liquidation judiciaire et le métallurgiste nordiste Valdunes cherche un repreneur. Europlasma, à l’origine spécialisé dans la dépollution, a creusé ses pertes en 2025, reconnaissant des « tensions de trésorerie » liées au « caractère déficitaire de la majorité de ses activités ». En avril, le groupe annonçait vouloir céder ses activités de défense et disait discuter avec « un industriel français ». Huit mois plus tard, rien n’est venu confirmer cette piste. Les dirigeants ont par ailleurs été auditionnés dans le cadre d’une enquête parlementaire sur la « prédation des capacités productives » par des fonds spéculatifs.
Les promesses de 2023 semblent loin. Europlasma évoquait alors une modernisation de cette usine vieillissante pour monter en cadence et atteindre 15 000 fûts d’obus en 2025. Aujourd’hui, la députée des Hautes-Pyrénées Sylvie Ferrer parle d’une « dégringolade qui est très, très inquiétante ». Selon elle, le site doit achever la production de 30 000 corps d’obus prévus pour 2026 d’ici la fin novembre, avant de basculer dans l’inconnu. La présidente de la région Occitanie, Carole Delga, réclame l’implication du gouvernement. « Il n’est pas acceptable qu’une usine aussi stratégique pour la défense nationale mais aussi européenne soit soumise à tant d’incertitudes », a-t-elle dénoncé, en demandant que « les investissements » soient « faits pour maintenir le site en bon fonctionnement ».
Le dossier a même pris un tour judiciaire. La Direction générale de l’Armement, dont des représentants se sont rendus sur place mi-octobre, a saisi la procureure de la République de Tarbes pour signaler « des décisions de gestion récentes de l’entreprise qui semblent avoir précipité la dégradation rapide » de sa situation financière. Europlasma assure se tenir « naturellement à la disposition des autorités compétentes ». La préfecture des Hautes-Pyrénées a de son côté pris un arrêté demandant la mise en conformité de certains équipements d’ici fin décembre, sous peine d’arrêt. Le député LFI Aurélien Saintoul, membre de la commission de la Défense, va plus loin et accuse le groupe de « fraude ». Son parti entend déposer un amendement réclamant la nationalisation. Sollicités, les ministères de l’Industrie et des Armées n’ont pas donné suite.
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