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Christine Lagarde quitte la BCE après avoir brisé les plafonds de verre

De la direction de Baker & McKenzie à la présidence de la BCE, elle a occupé des postes longtemps réservés aux hommes. Son départ de Francfort laisse un…

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Christine Lagarde quitte la BCE après avoir brisé les plafonds de verre

De la direction de Baker & McKenzie à la présidence de la BCE, elle a occupé des postes longtemps réservés aux hommes. Son départ de Francfort laisse un héritage singulier et une envie affirmée de coraux, de piano et de petits-enfants.

Meryl Streep a un jour confié s’être appuyée sur l’élégance et l’autorité indiscutables de Christine Lagarde pour façonner Miranda Priestly, la redoutable rédactrice en chef du Diable s’habille en Prada. La Française referme à 70 ans un parcours qui l’a conduite des cabinets d’avocats aux sommets de la finance mondiale, avec un départ anticipé de la Banque centrale européenne.

Ministre de l’Économie sous Nicolas Sarkozy, directrice générale du Fonds monétaire international après l’affaire Strauss-Kahn, puis présidente de la BCE, elle a occupé en moins de vingt ans des fonctions influentes longtemps réservées aux hommes. Ni économiste de formation ni rattachée à une école de pensée particulière, elle a traversé les grandes secousses de ce siècle, de la crise financière mondiale au retour de Donald Trump, en passant par la pandémie de Covid-19, la guerre en Ukraine, l’essor de l’intelligence artificielle et l’urgence climatique.

Fille d’enseignants, passée par Le Havre dans sa jeunesse, ancienne championne de natation synchronisée, elle raconte dans une autobiographie à paraître son histoire de petite fille rebelle issue d’un milieu bourgeois modeste, bien décidée à prouver qu’il n’est pas nécessaire de porter le bon nom pour réussir. Elle a résumé avoir brisé quelques plafonds de verre durant son parcours. Avocate de formation, elle dit s’être vu refuser un emploi parce qu’elle était une femme. Des décennies plus tard, celle qui parle un anglais impeccable est devenue la première femme à diriger le cabinet d’avocats d’affaires américain Baker & McKenzie.

Lorsqu’elle a été choisie pour succéder à Mario Draghi à la tête de la BCE, beaucoup ont douté de son expérience en politique monétaire. Cette dirigeante rompue aux négociations internationales n’a pas reculé. Elle traîne aussi une condamnation pour négligence dans l’arbitrage Tapie-Crédit lyonnais, même si la Cour de justice de la République l’a dispensée de peine en invoquant notamment sa réputation internationale. Interrogée peu après ses débuts à Francfort sur sa tendance à lire ses notes face à la presse, elle a lancé avec un sourire I love reading. La phrase a amusé, tant elle détonne avec le langage calibré des banquiers centraux. Aux étiquettes de colombe ou de faucon, elle préfère celle de la chouette, souvent associée à un peu de sagesse. Porté régulièrement en broche, l’animal est devenu le symbole d’une présidence tournée vers l’écoute et le compromis.

Dans la tour d’acier et de verre de Francfort, sa présidence n’a pas été exempte de tensions avec une partie du personnel. Une enquête a fait état de signes de burn-out chez près de quatre salariés sur dix, sur fond de critiques récurrentes autour de la charge de travail et d’un supposé favoritisme dans les recrutements. Grande silhouette au maintien impeccable et à la chevelure argentée soignée, Christine Lagarde a cultivé une image différente de celle du banquier central classique, en utilisant les réseaux sociaux. En Allemagne, où la BCE est souvent une cible facile, elle a été moins contestée que Mario Draghi. Au plus fort de la flambée des prix, un quotidien populaire l’a surnommée Madame Inflation, celle qui se promène en tailleur haute couture, sans atteindre la virulence réservée à Draghila, le vampire accusé de saigner les épargnants allemands avec sa politique de taux négatifs.

Celle qui aime se présenter comme une Française très heureuse dans la métropole financière allemande y a fréquenté l’opéra, des expositions, notamment celle de Thomas Bayrle, figure du Pop Art européen, et le cinéma. Elle a été aperçue à la projection du film Le diable s’habille en Prada 2. Son allemand est resté rudimentaire, mais elle n’a pas manqué de citer Goethe dans ses discours. Wer lebt, muss auf Wechsel gefasst sein, autrement dit qui vit doit s’attendre au changement.

La politique française ne semble pas figurer dans ses plans, mais Christine Lagarde n’entend pas forcément tourner le dos à la vie publique. Elle a écarté l’idée d’une candidature à l’Élysée et son nom circule parmi les personnalités susceptibles de prendre la tête du Forum économique mondial de Davos. Elle assure pourtant vouloir davantage de temps pour elle. Au menu, plusieurs semaines dans une lagune pour participer à la protection des coraux, un retour au piano et, bien sûr, plus de moments avec ses petits-enfants. Ce sont eux, a-t-elle insisté, qui devaient être les premiers informés de son départ de Francfort.

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