Europe
À Berlin, Die Linke prise entre soutien à la Palestine et accusations d’antisémitisme
Die Linke a obtenu 33 % des voix dans un arrondissement de Berlin, mais son positionnement sur la Palestine et des fréquentations controversées…

Die Linke a obtenu 33 % des voix dans un arrondissement de Berlin, mais son positionnement sur la Palestine et des fréquentations controversées compliquent son chemin vers la mairie. Entre critiques des partenaires, tensions internes et débat sur la sécurité d’Israël, le parti doit composer avec des attentes contradictoires.
À Neukölln, arrondissement berlinois où vit une grande partie de la diaspora palestinienne d’Europe, Die Linke a réalisé un score de 33 % au scrutin municipal. Ce résultat a donné au parti une visibilité forte, mais il l’a aussi exposé à des critiques venues de plusieurs camps. Une réunion de solidarité avec la Palestine organisée par la section locale a révélé le malaise. Anjo, 21 ans, reproche à sa formation d’avoir fait de « mauvais compromis » au lieu de défendre les positions pour lesquelles elle a été élue. Une autre participante, qui préfère rester anonyme, dit se sentir « trahie » à cause du soutien à la Palestine.
Après le scrutin, Die Linke a signé un texte qui condamne l’antisémitisme, réaffirme le « droit d’Israël à exister » et impose aux nouveaux élus une « distance claire » avec les personnes ou les réseaux liés à la criminalité organisée. Ce document répond à une polémique née lors de la soirée électorale dans le même quartier, marquée par la présence contestée d’un militant présumé du Front populaire de libération de la Palestine, organisation classée terroriste par l’Union européenne, et d’une figure de la famille Remmo, dont plusieurs membres ont été condamnés pour cambriolages ou braquages. Les Verts et les sociaux-démocrates, dont Die Linke a besoin pour former une majorité à Berlin, ont réclamé ces garanties. Le texte devait apaiser les tensions, mais une nouvelle controverse a suivi.
Elif Eralp, tête de liste et possible maire de Berlin, a exprimé des craintes face à des acteurs propalestiniens radicaux. Des commentaires internes révélés montrent qu’elle disait avoir « peur de ces gens » en cherchant à valider les citations d’une interview. Volker Beck, président de la société germano-israélienne, a jugé qu’un parti incapable d’exclure celles et ceux qui sympathisent avec le terrorisme ou le minimisent n’est pas à la hauteur des responsabilités de sécurité d’un gouvernement régional. Steffen Krach, chef du SPD berlinois, a estimé que celle ou celui qui veut gouverner la ville doit nommer clairement les dangers et protéger Berlin. La perspective qu’Elif Eralp, dont la campagne a porté sur la crise du logement, devienne maire suscite une levée de boucliers à droite. Friedrich Merz a prévenu les sociaux-démocrates qu’une coalition municipale avec un parti d’extrême gauche pèserait sur les relations entre ministres des deux camps.
Ce débat s’inscrit dans un cadre lourd. L’Allemagne a fait de la sécurité d’Israël une raison d’État en raison de la Shoah. Lors d’une manifestation propalestinienne organisée pour commémorer l’attaque subie par Israël, Jara, 29 ans, a estimé que la dureté des autorités berlinoises envers les manifestants revient à externaliser sur les Palestiniens la culpabilité allemande liée à la Shoah. Une instance européenne a rappelé à l’ordre l’Allemagne, s’inquiétant de restrictions à la liberté d’expression et de réunion pacifique des propalestiniens, ainsi que d’un recours excessif à la force. Le slogan « yallah, yallah, intifada » a déjà été jugé illégal dans certains contextes, des tribunaux y voyant parfois une légitimation de violences contre les Israéliens.
Pour Khaled, militant d’un petit collectif propalestinien, il est injuste de stigmatiser toute une communauté à cause d’actes isolés. Roza, militante juive propalestinienne, voit dans les accusations d’antisémitisme « un cirque » destiné à discréditer Die Linke alors que le parti pourrait exproprier les grands groupes immobiliers privés, mesure phare de son programme. Ces voix rappellent que la formation navigue entre deux attentes difficiles à concilier. D’un côté, elle doit rassurer ses partenaires sur les questions de sécurité et de lutte contre l’antisémitisme. De l’autre, elle doit répondre aux habitants de Neukölln et aux militants qui l’ont portée au pouvoir en défendant la cause palestinienne.
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