Europe
Le départ de Lagarde prend le dessus sur le statu quo de la BCE
Christine Lagarde quittera la présidence de la Banque centrale européenne en février 2027, une annonce qui a relégué au second plan le maintien des taux…

Christine Lagarde quittera la présidence de la Banque centrale européenne en février 2027, une annonce qui a relégué au second plan le maintien des taux directeurs. Sa succession et la tension sur la dette française s’invitent déjà dans le débat.
La réunion de politique monétaire de la BCE avait tout d’une formalité. Le taux de dépôt devait rester à 2,5 %, après deux relèvements cette année destinés à freiner une inflation nourrie par les prix de l’énergie et les tensions au Moyen-Orient. Mais Christine Lagarde a rebattu les cartes en informant le Conseil des gouverneurs, ainsi qu’António Costa, président du Conseil européen, de son intention de partir en février 2027. Des mois de rumeurs prenaient fin d’un coup. La conférence de presse qui suivait la réunion s’annonçait dès lors bien éloignée d’un simple point sur les taux.
Le calendrier n’a rien d’anodin. En s’en allant en février, la présidente sortante laisse à Emmanuel Macron le temps de peser sur la désignation de son successeur avant la présidentielle française du printemps 2027. Conformément aux traités, c’est à l’Union européenne que revient ce choix, et plusieurs noms circulent depuis des mois, dont Klaas Knot, ex-gouverneur de la banque centrale néerlandaise, et Pablo Hernández de Cos, ancien de la Banque d’Espagne aujourd’hui à la Banque des règlements internationaux. D’autres postes clés doivent aussi être renouvelés, à commencer par celui du chef économiste Philip Lane.
Sur le front des marchés, le tableau est plus agité. Les taux d’emprunt français ont franchi la semaine dernière le seuil de 5 % pour la première fois depuis 2002, avant de refluer vers 4,92 %. L’écart avec les obligations allemandes à dix ans a dépassé 1,5 point, du jamais-vu depuis l’automne 2011. Ce phénomène agit comme un tour de vis monétaire supplémentaire, puisqu’il renchérit le crédit pour les ménages et les entreprises, et il fait craindre une contagion à d’autres pays de la zone euro. Les investisseurs s’inquiètent des finances publiques françaises, du débat budgétaire pour 2027 et d’une société de plus en plus polarisée à l’approche du scrutin présidentiel.
Les marchés guettent désormais le moment où la BCE pourrait bouger, en injectant davantage de liquidités ou en activant son instrument de protection de la transmission. Rien ne semble imminent. Christine Lagarde l’a répété, les moyens de calmer la hausse des rendements français doivent d’abord venir de France. La tâche s’annonce rude, car stabiliser durablement la dette supposerait un excédent primaire de 2 à 2,5 % du PIB, quand le déficit primaire approche 2,8 %, et la volonté politique d’un redressement de fond paraît limitée. La décision de Francfort est arrivée au lendemain de celle de la Réserve fédérale américaine, qui a maintenu ses taux après sa hausse de septembre. Beaucoup d’économistes parient encore sur un dernier relèvement de la BCE en décembre, quand elle disposera de prévisions actualisées.
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