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Marseille répare enfin la rue d’Aubagne, mais le chantier reste immense

Après l’effondrement qui a fait huit morts rue d’Aubagne, les familles retournent au tribunal en appel. La ville multiplie les efforts contre l’habitat…

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Marseille répare enfin la rue d’Aubagne, mais le chantier reste immense

Après l’effondrement qui a fait huit morts rue d’Aubagne, les familles retournent au tribunal en appel. La ville multiplie les efforts contre l’habitat indigne, mais procédures et pénurie de logements ralentissent encore les chantiers.

La rue d’Aubagne garde une blessure visible. Les cafés, les restaurants et les brocantes qui attirent les visiteurs à Noailles n’ont pas effacé le vide laissé par l’effondrement de 2018, qui a causé la mort de huit personnes. À la place des immeubles détruits, un lieu ressources a été inauguré aux numéros 63, 65 et 67, en présence des proches des victimes. Liliana Lalonde, qui a perdu son fils Julien, veut que cet endroit accueille des activités, du dynamisme, de la solidarité et des rires.

Le volet judiciaire revient sur le devant de la scène avec le procès en appel. Les familles des victimes vont de nouveau faire face à une quinzaine de prévenus, parmi lesquels un ancien adjoint au maire, un expert architecte et des propriétaires d’appartements dégradés. Ce rendez-vous rappelle que la catastrophe n’est pas seulement une affaire de bâtiments fissurés. Elle interroge la manière dont une ville laisse se dégrader des logements pendant des années, et la responsabilité de ceux qui devaient les entretenir ou contrôler leur état.

Autour de la rue d’Aubagne, la cohabitation est frappante. Les vitrines branchées de Noailles côtoient des dizaines d’immeubles soutenus par des étais, aux fenêtres murées de parpaings. On retrouve ce mélange au Panier ou à la Belle-de-Mai. Un rapport estimait à environ 40 000 le nombre de logements insalubres à Marseille. Audrey Garino, adjointe au maire chargée du logement, assure que mille immeubles sont sortis du péril. Elle reconnaît que l’action municipale commence à porter, sans être encore massive. Selon elle, les habitants signalent davantage les problèmes, parce que la conscience collective s’est renforcée.

La ville compte encore 950 immeubles à risque sous arrêté. Quelque 472 personnes ont dû quitter leur logement et 389 ont été prises en charge. La municipalité divers gauche de Benoît Payan a créé une direction dédiée à la lutte contre l’habitat indigne, avec près de 200 agents, après vingt ans de mandat de Jean-Claude Gaudin. Un élu de l’ancienne majorité possédait même l’un des logements effondrés. Mais les délais légaux pèsent. Les travaux rue d’Aubagne démarrent à peine, car il a fallu lancer des expropriations et la loi protège les droits des propriétaires. Audrey Garino rappelle que tous ne sont pas des voyous et que certains traversent de vraies difficultés. La pénurie de logements sociaux complique tout. Marseille en compte à peine 22 %, la loi en impose 25 %, et 80 % des habitants y sont éligibles. Environ 56 000 demandes de logement social restent en souffrance.

Sur la rue d’Aubagne et dans près de 180 immeubles très dégradés du centre-ville, les chantiers sont pilotés par la SPLAN-IN, société publique locale d’aménagement d’intérêt national. Elle rachète et réhabilite les bâtiments, dont 70 % doivent devenir des logements sociaux. Son directeur général, Franck Caro, décrit des immeubles centenaires aux pathologies très différentes et un travail de dentelle. Les bâtiments peuvent être liés entre eux, si bien que toucher à la structure de l’un engage les autres. Il veut préserver l’architecture marseillaise dite des trois fenêtres, tout en adaptant les logements aux normes énergétiques. Les critiques demeurent. Les planchers des cinq étages d’un immeuble en rénovation près de la rue d’Aubagne se sont effondrés. Des collectifs ont lié la mort d’un riverain âgé aux poussières respirées sur place. Kevin Vacher, membre d’un collectif de riverains à Noailles, estime que la municipalité n’a pas tiré les leçons de 2018 et que les réhabilitations mettent en danger le voisinage. Il réclame une place pour les quartiers dans les décisions publiques.

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