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Un journal russe indépendant poussé à la fermeture après plus de trente ans

Un journal russe indépendant s’arrête après plus de trente ans d’existence. Sa rédaction affirme avoir été contrainte par les autorités, entre expulsion…

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Un journal russe indépendant poussé à la fermeture après plus de trente ans

Un journal russe indépendant s’arrête après plus de trente ans d’existence. Sa rédaction affirme avoir été contrainte par les autorités, entre expulsion de ses locaux, blocage des dons et répression accrue.

La rédaction de ce journal russe a annoncé la fin de son activité. Elle affirme que les autorités et les services spéciaux ont obligé l’équipe à cesser le travail. Le journal, ouvertement opposé à l’offensive russe en Ukraine, survivait depuis le début du conflit dans un environnement de plus en plus hostile. Il avait abandonné le papier pour continuer en ligne. Puis il a été classé « agent de l’étranger », une étiquette qui entraîne des contraintes administratives lourdes et sert à étouffer les voix dissidentes.

Cette fois, le pouvoir a franchi un cap. La rédaction dit avoir reçu un avis d’expulsion l’obligeant à quitter ses locaux historiques à Moscou. Au même moment, le système qui lui permettait de recevoir des dons a été bloqué. Résultat, le journal se retrouve privé de financement. Dans un communiqué, l’équipe résume la situation d’une phrase. « Ils nous ont tués », écrit-elle. Elle dénonce aussi trente ans d’une vie partagée avec le pays et ses citoyens, qui se terminent avec une rédaction à la rue, sans moyens d’existence et sous la menace constante des répressions.

Le rédacteur en chef accuse le Kremlin d’avoir anéanti les droits humains en Russie. Selon lui, défendre ces droits est désormais assimilé à un crime. Il estime que les élections et les instances élues ont été de facto supprimées et que les institutions de la société civile ont été démantelées. Il voit dans l’arrêt du journal une preuve supplémentaire que l’Etat russe trahit sa propre Constitution, qui interdit notamment la censure. Un dernier numéro doit encore paraître avant l’extinction définitive.

L’histoire de ce titre s’écrit aussi avec des pertes humaines. Six journalistes ou contributeurs ont été tués depuis sa création. L’une de ses reporters documentait les crimes de guerre en Tchétchénie. Son assassinat par balles à Moscou a été commémoré. Ce parcours rappelle le prix payé par la rédaction pour avoir couvert les sujets délicats, des crimes de l’armée russe à la corruption des élites, en passant par le groupe Wagner ou la répression des homosexuels en Tchétchénie.

Les pressions ne datent pas de la fermeture. Le rédacteur en chef a été interrogé et son domicile perquisitionné dans le cadre d’une affaire pénale visant un collègue. Ce journaliste d’investigation, connu pour ses enquêtes sur la corruption dans les plus hautes sphères, a été arrêté puis assigné à résidence dans l’attente de son procès. Les enquêteurs lui reprochent d’avoir illégalement collecté et diffusé des informations informatiques contenant des données personnelles. Il encourt jusqu’à six ans de prison. Depuis l’envoi de troupes en Ukraine, la Russie a instauré une censure stricte qui rappelle l’époque soviétique. La plupart des journalistes indépendants ont pris le chemin de l’exil. Une partie de la rédaction a fui le pays et lancé un nouveau média à l’étranger, déclaré organisation indésirable et interdit en Russie. Un cofondateur et ancien rédacteur en chef a été colauréat du prix Nobel de la paix pour ses efforts visant à préserver la liberté d’expression.

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