Planète
Le piment d’Espelette cherche de l’eau dans un climat qui se durcit
La sécheresse et les fortes chaleurs mettent à mal une culture longtemps habituée à l’eau facile. Les producteurs demandent désormais à irriguer, une…

La sécheresse et les fortes chaleurs mettent à mal une culture longtemps habituée à l’eau facile. Les producteurs demandent désormais à irriguer, une pratique encore interdite par leur cahier des charges.
Au Pays basque, le piment d’Espelette encaisse de plein fouet un été caniculaire et une sécheresse historique. L’eau, longtemps vue comme un non-sujet grâce aux pluies abondantes et aux températures douces, s’invite désormais au cœur des préoccupations. Ramuntxo Lecuona, producteur bio à Espelette sur 2,5 hectares avec son épouse et son fils, constate ce basculement. Pour cette culture emblématique, la ressource n’a plus rien d’un acquis.
L’appellation d’origine protégée réunit 171 producteurs sur 10 communes du Pays basque, avec près de cinq millions de pieds plantés et plus de 190 tonnes de poudre produites chaque année. Mais depuis trois ans, plusieurs exploitations ont arrêté. La grêle a frappé en 2023, la pluie a dominé en 2024 au point d’en faire la pire année pour la production depuis dix ans, puis les fortes chaleurs sont arrivées en 2025. Cette année, elles se sont installées dès la plantation, en mai. Une canicule de trois mois et demi sans pluie a ensuite conduit le syndicat du piment d’Espelette à demander à l’INAO une dérogation pour irriguer une partie des plants dès juin.
L’irrigation n’est pas prévue dans le cahier des charges de l’AOP, mais elle est de plus en plus réclamée. Ramuntxo Lecuona a pu arroser 25 % de sa production. Le résultat lui a permis de limiter les dégâts, avec un peu plus de 1,2 tonne récoltée contre les deux tonnes habituelles. Sur la façade de sa maison, aux boiseries de la même couleur que ses piments, il suspend ses cordes écarlates pour plusieurs semaines de séchage. Il voit dans l’eau un sujet de société, qui pourrait devenir vital pour le piment, et regrette la lenteur des démarches. Des essais sont menés depuis cinq ans pour démontrer l’intérêt d’une irrigation maîtrisée et faire évoluer le règlement. Une nouvelle version du cahier des charges est prévue en juin 2027.
Les plants ont aussi dû affronter un champignon ravageur, le sclerotium. Son développement s’est amplifié avec les fortes chaleurs et a provoqué de nombreuses pertes chez les producteurs. Personne ne sait vraiment comment le contenir. Des recherches sont en cours pour mieux comprendre ce champignon et trouver des pistes.
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