Faits Divers
Décharges sauvages, forêt grignotée et business juteux, trente mois de prison requis à Marseille
Un entrepreneur de 36 ans a stocké sans autorisation des dizaines de milliers de mètres cubes de gravats, dont une partie dans un massif boisé protégé. Le…

Un entrepreneur de 36 ans a stocké sans autorisation des dizaines de milliers de mètres cubes de gravats, dont une partie dans un massif boisé protégé. Le parquet de Marseille réclame trente mois de prison et 200 000 euros d’amende, le jugement sera rendu le 1er décembre.
Le tribunal correctionnel de Marseille s’est penché sur le parcours de Mickael Mira, 36 ans, poursuivi pour dix-sept infractions liées à l’exploitation de deux décharges illégales entre 2021 et 2022. L’homme n’est pas un inconnu du secteur puisqu’il y travaille depuis dix-sept ans, et son casier judiciaire porte déjà quatorze condamnations. Il comparaissait détenu, après une peine d’un an de prison ferme prononcée en avril pour un incendie parti de son site de la zone artisanale de Valdonne, à Peypin, dans les Bouches-du-Rhône.
Pour le procureur Michel Sastre, le dossier illustre surtout « un déplacement de la délinquance vers les déchets ». Il a décrit un « modèle d’exploitation délinquant » dans lequel la prison ne freine rien. « L’emprisonnement fait partie de son business plan car cela rapporte beaucoup, beaucoup d’argent », a-t-il lancé. Le mécanisme est simple. Sur 1,75 hectare, plus de 43 000 mètres cubes de gravats issus de chantiers, collectés auprès d’opérateurs économiques importants et même institutionnels, ont été entassés sans la moindre autorisation. Le parquet dénonce une concurrence déloyale, avec un argument imparable. Il « peut être le moins cher sur le marché car, lui, le traitement, c’est zéro ».
Pour faire tenir ces montagnes de déchets, des travaux d’exhaussement du sol ont été menés jusqu’à dix mètres de hauteur, et une zone forestière a été défrichée. La seconde installation, elle, prenait place au milieu d’une zone pavillonnaire marseillaise, sous l’enseigne Eco bennes, une société gérée par un tiers en raison d’une interdiction de gérer qui frappe le prévenu.
Face aux juges, la défense s’est voulue minimaliste. « Si j’ai coupé dix arbres, c’est le bout du monde, je n’ai pas tout défriché », a plaidé Mickael Mira, qui conteste aussi l’évaluation « dans la démesure » des volumes stockés. Il a dénoncé un « acharnement » avant de résumer sa position. « Je ne suis pas un saint, mais pas non plus un criminel. »
Reste la facture environnementale. L’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie, décrite par son avocate comme le « bras armé de l’Etat, nettoyeur de l’environnement quand les privés sont défaillants », a déboursé près de 1,2 million d’euros pour évacuer et traiter les 8 000 tonnes de déchets sortis du site marseillais, dont des matières dangereuses. La commune de Peypin réclame de son côté près d’1,9 million d’euros de dommages et intérêts, à affecter à la réparation de l’environnement. Son avocat, Me Romain Dinparast, a rappelé l’ampleur des dégâts. « Sous les gravats, le sol est mort et il faudra des décennies pour que la forêt méditerranéenne reprenne un jour ses droits. »
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