Nous rejoindre sur les réseaux

Économie

À Erstein la sécheresse raccourcit sérieusement la saison du sucre

Le broyage bat son plein dans l’unique sucrerie d’Alsace, mais les betteraves manquent et leur qualité se dégrade. Résultat, une campagne qui s’annonce…

Article

le

À Erstein la sécheresse raccourcit sérieusement la saison du sucre

Le broyage bat son plein dans l’unique sucrerie d’Alsace, mais les betteraves manquent et leur qualité se dégrade. Résultat, une campagne qui s’annonce bien plus courte que d’habitude et un sucre qui devrait coûter plus cher.

Dans la plaine du Bas-Rhin, les monticules de betteraves s’alignent en bordure des champs, en attente du camion qui les conduira vers l’usine. Direction Erstein, où la saison de transformation tourne à plein régime. Le sol y colle aux semelles, l’odeur sucrée s’accroche aux vêtements et les machines avalent près de 6.000 tonnes de racines chaque jour, pour en tirer du sucre, de l’alcool ou de l’éthanol. Sauf que cette année, le tapis roulant tourne au ralenti.

La faute à un été trop sec. Certains planteurs alsaciens ont perdu jusqu’à la moitié de leur récolte. À l’échelle du pays, Cristal Union, propriétaire du site, avance une baisse moyenne des rendements de 25 %, avec des écarts importants d’une région à l’autre. Conséquence directe, l’usine n’a pas assez de stock pour tenir la distance. Sa campagne ne durera que 81 jours, contre 122 la saison précédente. Un coup dur pour le personnel comme pour les agriculteurs qui gravitent autour du site.

Le phénomène dépasse largement l’Alsace. Un « grand nombre » des 18 autres sucreries françaises connaissent le même sort, selon l’Association interprofessionnelle de la betterave et du sucre, qui parle d’une campagne « catastrophique » et annonce déjà une hausse du prix du sucre. La France reste pourtant le deuxième producteur mondial de sucre de betterave, une filière née sous Napoléon pour se passer du sucre de canne, avec 4,64 millions de tonnes sorties l’an dernier. Il est encore trop tôt pour chiffrer le recul de cette année, les arrachages n’étant pas terminés.

Il n’y a pas que les volumes qui posent problème. La sécheresse a aussi abîmé la qualité des racines livrées, devenues « beaucoup plus complexes » à travailler, explique Ervin Szokola, directeur du site d’Erstein. Les cycles de transformation s’allongent, l’usine doit réduire son débit et consommer davantage de produits chimiques pour raffiner sa production, avec la facture qui grimpe. « Ralentir le processus, ça demande aussi plus d’énergie », ajoute Thierry Gokelaere, directeur de l’association interprofessionnelle. Moins de matière première, plus de charges fixes, une campagne écourtée, la production finale s’annonce en retrait.

Sur le tapis d’arrivée, le contraste saute aux yeux. Certaines betteraves atteignent la taille d’un ballon de rugby, beaucoup d’autres celle d’une balle de tennis. Une disparité que le directeur n’avait jamais observée au cours de sa carrière, et qu’il relie directement à l’arrosage. À Scherwiller, à une trentaine de kilomètres de là, Gérard Lorber a fait deux fois plus de tours d’eau que d’ordinaire sur ses 47 hectares. Le résultat est là, avec un rendement qu’il juge honorable, et l’espoir de tirer 16 tonnes de sucre à l’hectare là où, sans irrigation, il n’en aurait récolté que 3. Mais le gazole qui alimente ses engins coûte cher, et ces passages répétés pèsent lourd dans le budget. L’agriculteur en est convaincu, l’arrosage deviendra incontournable, et il plaide pour électrifier au maximum le matériel afin de continuer à produire dans le pays.

À lire aussi

Click to comment

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Les + Lus