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Dans les lycées, la bataille des toilettes cassées

Pas de savon, pas de papier, parfois même pas de porte. Le délabrement des sanitaires scolaires est devenu l’un des motifs de colère les plus cités par…

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Dans les lycées, la bataille des toilettes cassées

Pas de savon, pas de papier, parfois même pas de porte. Le délabrement des sanitaires scolaires est devenu l’un des motifs de colère les plus cités par les lycéens mobilisés, bien loin du simple désagrément.

Depuis le début des blocages d’établissements engagés en banlieue parisienne, la vétusté des sanitaires s’est hissée tout en haut de la liste des griefs. À Toulouse, au lycée Raymond-Naves, Marc-Antoine, en première STMG, parle de toilettes « sales » où « il n’y a jamais de PQ ». Lui et ses amis n’y mettent pas les pieds. À Saint-Denis, au lycée Paul-Eluard, des vidéos montrent des murs moisis, de la peinture qui s’écaille et des tuyaux rongés par la rouille.

Rien d’anecdotique dans cette histoire de WC. Chez les adolescents, ces lieux laissés à l’abandon racontent autre chose, un sentiment de mépris, surtout dans les quartiers populaires où les difficultés s’empilent. « C’est quand même notre confort intime », rappelle Kamelia, en terminale à Paul-Eluard. Devant le même lycée, une mère de famille lâche, résignée, que sa fille rentre déjeuner chez elle chaque midi pour pouvoir aller aux toilettes. À Bondy, Nayla, 16 ans, scolarisée en lycée professionnel, place ce manque en tête de ses doléances. « Il n’y a que deux toilettes pour plein plein d’élèves », dit-elle, avant de lister tout ce qui cloche et de trancher. « En banlieue, la société nous rejette en nous mettant dans des lycées qui laissent à désirer, en manque d’hygiène, en manque de profs. »

Le sujet a vite débordé le cadre des salles de classe. À Sevran, la députée Clémentine Autain s’est affichée aux côtés de deux lycéens pour énumérer face caméra l’absence de savon, de portes et de serviettes hygiéniques. Des élèves ont ensuite été reçus à l’Assemblée nationale, à l’invitation de députés LFI, pour exposer leurs revendications. L’une d’elles, Nissa, s’est demandé pourquoi le sol de la cour avait été refait alors que les toilettes sont hors service depuis un an, visant directement les choix de la Région. Celle-ci assure avoir lancé un « grand plan toilettes » doté de 85 millions d’euros pour rénover les sanitaires les plus abîmés de 125 lycées publics sur 468, avec « 80 % d’objectif atteint ». Elle évoque aussi des dégradations volontaires et des proviseurs qui, dans ce cas de figure, renoncent aux petites réparations.

Pour l’infirmière scolaire Gwenaelle Thenoz, du SNIES-Unsa Education, qui exerce dans l’académie de Lyon, le problème remonte à la maternelle et relève de la santé publique. Les élèves débarquent à l’infirmerie avec des maux de tête, des douleurs de ventre, des infections urinaires ou de la constipation, parce qu’ils se retiennent de boire. Sans poubelles ni protections, des adolescentes gardent la même serviette hygiénique d’un bout à l’autre de la journée.

Un rapport de référence du Conseil national d’évaluation du système scolaire avait déjà documenté ces stratégies d’évitement et ces journées entières passées à se retenir d’uriner. Au début de la pandémie de Covid-19, le ministre de l’Education de l’époque avait admis que les sanitaires n’étaient pas « au niveau », en espérant que la crise ferait avancer un dossier qu’il jugeait important pour l’hygiène des enfants. La fédération de parents d’élèves FCPE réclame aujourd’hui un « vrai plan national ». Côté ministère, 200 lycées ont été désignés prioritaires pour l’amélioration du bâti, avec un axe Île-de-France, Hauts-de-France et Paca, trois régions qui concentrent 46 % des problèmes sanitaires signalés.

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