Monde
Pete Hegseth, le ministre le plus seul de Washington
Le patron du Pentagone encaisse la déroute républicaine de plein fouet et se retrouve pris en tenaille entre un Congrès démocrate revanchard et des voix…

Le patron du Pentagone encaisse la déroute républicaine de plein fouet et se retrouve pris en tenaille entre un Congrès démocrate revanchard et des voix de son propre camp qui lui imputent la guerre en Iran. Donald Trump lui renouvelle son soutien, mais une procédure de destitution pointe déjà à l’horizon.
À Washington, Pete Hegseth n’a plus beaucoup de marge. L’ancien militaire reconverti en figure du petit écran, aujourd’hui à la tête du ministère américain de la Défense, a beau avoir survécu à une pile de scandales depuis sa nomination, il sort fragilisé du scrutin de mi-mandat. La claque encaissée par les républicains a changé la donne politique autour de lui, et son bellicisme affiché contre Téhéran, loin de le protéger, est devenu son principal point faible.
Le diagnostic est tombé de très haut dans son propre camp. Le vice-président JD Vance a écrit noir sur blanc que la guerre était la cause de la défaite républicaine. Donald Trump a repris l’idée à son compte, jugeant cette analyse « en grande partie vraie ». Le président a tout de même assuré, le lendemain, qu’il maintenait sa confiance à son ministre, soulignant son « très bon travail ». Un soutien qui vaut surtout pour l’instant, car le rapport de forces au Congrès, lui, a bel et bien basculé.
Dès janvier, les parlementaires démocrates disposeront d’outils concrets pour contrer l’exécutif. Ils pourront ouvrir des enquêtes parlementaires de grande ampleur et, s’ils le décident, tailler dans le budget de l’armée. De quoi réduire sérieusement la capacité d’action de Pete Hegseth sur le dossier iranien. Et pour beaucoup d’élus, le problème ne se limite pas à la politique menée, c’est l’homme lui-même qui pose question. « Je vais m’en prendre à Pete Hegseth », prévient le député démocrate Jason Crow, qui l’accuse d’être « incompétent et corrompu » et de « saper la sécurité nationale et celle de nos militaires ». Adam Smith, qui pilote la commission des forces armées côté démocrate, annonce de son côté un « contrôle étroit du ministère de la Défense », avec « la guerre illégale en Iran » en ligne de mire.
La menace la plus pressante ne vient pourtant pas de l’autre camp. Thomas Massie, élu républicain ouvertement anti-Trump qui quittera le Congrès à la fin de l’année, veut profiter de ses dernières semaines pour faire voter la Chambre sur une procédure de destitution dès la semaine prochaine. Il avait déjà tenté le coup plus tôt dans l’année, sans parvenir à obtenir un vote. Le mécanisme est connu. La Chambre enquête, puis se prononce à la majorité simple. Le dossier part ensuite au Sénat, qui joue les tribunaux et exige une majorité des deux tiers pour destituer réellement le responsable. Autant dire une hypothèse lointaine, puisqu’il faudrait qu’une bonne dizaine de sénateurs républicains rejoignent les démocrates, désormais largement majoritaires à la Chambre.
Pete Hegseth n’a pas attendu pour contre-attaquer. Dans une vidéo publiée le lendemain, il a défendu son bilan avec vigueur. « Ils m’attaquent moi, ils nous attaquent nous, parce que nous sommes efficaces », a-t-il lancé, qualifiant l’intervention en Iran d’action « courageuse et historique ». La procédure de destitution, prévient-il, « n’a pas fonctionné contre le président Trump et ne fonctionnera pas contre moi ».
Ses adversaires, eux, brandissent une liste de dossiers déjà bien remplie. Il a récemment annoncé la diffusion en direct de l’exécution de l’auteur d’un attentat contre des soldats américains, avant d’être désavoué. On a aussi découvert qu’il avait utilisé une simple conversation sur l’application Signal pour prévenir d’autres responsables de frappes à venir au Yémen, plutôt que les canaux sécurisés réservés à ce type d’informations ultrasensibles. Sous sa direction, l’armée américaine a mené des frappes contre des bateaux de narcotrafiquants dans les Caraïbes et le Pacifique, une campagne très critiquée au regard du droit international. Il a également écarté un nombre inhabituel de hauts gradés, souvent sans explication, jusqu’à démettre le chef d’état-major Charles « CQ » Brown. Autant de munitions que ses détracteurs gardent sous la main.
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