Faits Divers
Les photos de l’autopsie d’Inass ont fait s’effondrer sa mère en pleine audience
Elle avait quatre ans, elle a été retrouvée morte au bord de l’autoroute A10 en 1987, et ses parents sont jugés depuis lundi à Blois. Ce mercredi, la…

Elle avait quatre ans, elle a été retrouvée morte au bord de l’autoroute A10 en 1987, et ses parents sont jugés depuis lundi à Blois. Ce mercredi, la projection des clichés de son autopsie a fait basculer le procès.
La scène s’est jouée dans la salle de la cour d’assises du Loir-et-Cher, à Blois. Une médecin légiste venait de dérouler pendant près d’une heure l’inventaire de toutes les lésions relevées sur le corps d’Inass Touloub, quatre ans, découverte sans vie le 11 août 1987. Puis les photographies prises lors de l’autopsie ont défilé sur l’écran. Halima El Bakhti, 72 ans, a tenu bon devant presque toutes les images. Avant de se plier en avant, la tête entre les mains. Quelques minutes plus tard, alors qu’un avocat des parties civiles interrogeait l’experte, elle s’est effondrée au sol. L’audience a été suspendue aux alentours de 16h30 et ne reprendra que jeudi matin. Transportée aux urgences pour des examens, l’accusée était consciente.
Ce que la légiste a décrit devant la cour donne la mesure du calvaire subi par l’enfant. Une vingtaine de morsures. Des fractures qui, selon elle, n’ont pas pu passer inaperçues. Des lésions compatibles avec des brûlures. Et les mamelons arrachés. Son résumé tient en une phrase, il y avait des lésions partout, y compris sur les zones découvertes du corps. Les violences, estime l’experte, ont été multiples et répétées dans le temps, jusqu’à quelques heures avant la mort, et peut-être pendant plusieurs mois. Elle évoque une souffrance réelle et une période d’agonie. Le décès pourrait résulter de plusieurs causes combinées, un syndrome asphyxique, une contusion pulmonaire et une perte de sang importante, auxquels s’ajoute une absence de soins.
L’affaire figure parmi les plus anciens dossiers non élucidés de France. Il aura fallu l’ADN pour identifier les parents, interpellés en 2018, plus de trente ans après les faits. Halima El Bakhti comparaît pour torture et actes de barbarie ayant entraîné la mort sans intention de la donner. Ahmed Touloub, 74 ans, est jugé pour complicité. Tous deux encourent la réclusion criminelle à perpétuité. Lundi, au premier jour des débats, ils avaient nié toute responsabilité dans la mort de leur fille, restant presque impassibles face aux questions de la cour. Le père a de nouveau passé l’audience appuyé sur sa canne, la tête baissée. Son état de santé doit faire l’objet d’une expertise complémentaire avant vendredi.
La suite du procès dépend désormais de l’état de la mère. Une partie de la fratrie, six autres enfants du couple, doit témoigner jeudi si l’audience reprend normalement. Leurs dépositions sont très attendues, mais elles se tiendront à huis clos, sans presse ni public, à la demande de leur avocate qui a invoqué leur sécurité. Halima El Bakhti a accepté cette demande, prenant la parole pour la première fois. Elle a décrit des enfants qui ont beaucoup souffert, qui sont détruits, qui font l’objet de menaces. Certains consultent des psychiatres, prennent des calmants et des somnifères, d’autres sont partis au Maroc ou en Espagne, et tous redoutent les journalistes. La présidente lui a alors demandé ce qui était à l’origine de cette souffrance. Les gens, a-t-elle répondu d’abord. Puis elle a précisé, en regardant son coaccusé pour la première fois, que c’était à cause de ce qu’on leur avait fait, à sa petite et à ses enfants. Le procès doit durer une dizaine de jours.
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