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À Halle, des commerces baissent le rideau pour dire non à l’AfD

Une trentaine de boutiques du centre-ville ont fermé jeudi pour alerter sur le climat qui pèse sur les habitants issus de l’immigration en Saxe-Anhalt.…

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À Halle, des commerces baissent le rideau pour dire non à l'AfD

Une trentaine de boutiques du centre-ville ont fermé jeudi pour alerter sur le climat qui pèse sur les habitants issus de l’immigration en Saxe-Anhalt. Dans cette région de l’est de l’Allemagne, l’extrême droite a frôlé la moitié des voix en septembre et vise désormais la tête du gouvernement régional.

Mohamad-Samer a 29 ans, trois ans de vie à Halle et un emploi dans la restauration rapide. Jeudi, son fast-food est resté fermé, rideau baissé rouge et blanc, comme une trentaine d’autres commerces du centre-ville. Lui parle de partir. « À cause du racisme, je ne peux pas rester ici à Halle, ni en Saxe-Anhalt », dit-il. Son nom de famille, il préfère le garder pour lui. Son plan désormais tient en peu de mots. Quitter la ville, à cause de l’AfD.

L’opération portait un nom, « Halle sans nous ? ». Une initiative citoyenne, relayée par les barbiers, les restaurateurs, les vendeurs de téléphones et d’accessoires, qui ont coordonné la fermeture de leur boutique sur la journée. En fin d’après-midi, environ 200 personnes se sont retrouvées sur la place du marché pour dénoncer « l’incertitude croissante » dans laquelle vivent les personnes issues de l’immigration et les réfugiés du Land.

Le calendrier politique n’a rien d’anodin. Aucun accord de coalition n’a été trouvé pour gouverner la Saxe-Anhalt, et Ulrich Siegmund, tête de file régionale de l’AfD, doit tenter de se faire élire ministre-président en décembre. Pendant la campagne, il a promis d’expulser tous les étrangers en situation irrégulière dès son arrivée au pouvoir. Jusqu’ici, les autres formations respectaient le « pare-feu » et refusaient toute alliance avec ce parti anti-immigration et prorusse. Le mois dernier, la petite formation de gauche radicale prorusse BSW a ouvert la porte à des coopérations ponctuelles.

Fadi Darwish, 24 ans, tient un bar à chicha avec son père. Treize ans qu’il vit à Halle. Ce qu’il demande tient en peu de mots, travailler normalement, comme n’importe qui. « Il y a beaucoup de magasins arabes à Halle et les Allemands en ont toujours besoin de temps en temps », glisse-t-il devant son établissement, en citant la cuisine et les produits arabes. Il rappelle aussi que les impôts sont payés et que personne ne fait de mal. Son espoir, croiser le moins de racistes possible et vivre tranquille avec ses enfants.

Le paradoxe saute aux yeux. La Saxe-Anhalt compte parmi les régions les plus pauvres du pays et manque cruellement de main-d’œuvre. Depuis la réunification de 1990, elle a perdu près d’un quart de ses habitants, la plus grosse saignée démographique de toute l’ex-RDA, beaucoup étant partis à l’ouest chercher de meilleurs salaires. « Dans ce Land, tout s’arrête quand les gens partent », lance Mamad Mohamad, député des Verts au Parlement régional, venu soutenir les manifestants. Il dit recevoir chaque jour des messages de personnes qui annoncent leur départ.

L’élu vert résume la situation d’une formule. « Le racisme des rues a trouvé un foyer au Parlement. » Il espère que la journée de jeudi servira de signal, pour dire que rien de tout cela ne sera simplement accepté. Peu avant le scrutin de septembre, une opération du même type avait réuni environ 160 entreprises à Magdebourg. Le vote avait été historique, avec l’élection du premier président d’extrême droite d’un Parlement régional depuis 1945.

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