Politique
Mélenchon mène une campagne en retrait, avec des discours écrits au millimètre
Le quadruple candidat à la présidentielle fuit les plateaux et les déplacements de terrain, préférant des prises de parole rares mais travaillées. Pendant…

Le quadruple candidat à la présidentielle fuit les plateaux et les déplacements de terrain, préférant des prises de parole rares mais travaillées. Pendant ce temps, ses députés et lieutenants quadrillent le pays pour porter le programme.
Jean-Luc Mélenchon ne court ni les marchés ni les estrades improvisées. Pour cette présidentielle, il a choisi l’effacement, à mille lieues des visites aux sinistrés des incendies ou des séances de vente de frites sous l’œil des caméras. Son terrain de jeu, ce sont les grandes allocutions, celles où il déroule une mesure précise de son programme. Les sujets les plus brûlants, en particulier ceux qui lui ont valu des accusations de flirter avec l’antisémitisme, restent pour l’instant mis de côté.
Le tribun n’en reste pas moins fidèle à la théorie des « coups de marteau » chère à son mouvement. La méthode tient en un principe simple, s’emparer d’un thème et le pousser loin, comme il l’a fait récemment sur la dette ou le pouvoir d’achat. « C’est un choix de faire une campagne instructive, pour que les gens comprennent les enjeux. Certes, ce sont des sujets compliqués mais Jean-Luc Mélenchon les aborde de manière claire et pédagogique », plaide Manuel Bompard, le coordinateur national de LFI.
Ses prises de parole demeurent pourtant comptées. Là où les autres prétendants enchaînent les matinales et les passages sur les chaînes d’information en continu, lui s’en tient à l’écart, comme s’il voulait se tenir au-dessus de la mêlée. Ce sont les cadres du mouvement qui occupent l’espace médiatique à sa place, pour décliner les propositions du programme. Le parti dispose désormais de 71 députés, contre 17 avant la présidentielle de 2022, de quoi alimenter les plateaux sans lui. « Mélenchon a plus d’élus parlementaires, de lieutenants capables d’aller sur les plateaux. Ils occupent l’espace », observe une ministre.
Le patriarche insoumis, jamais amateur de bains de foule, s’épargne aussi les foires et les salons aux quatre coins du pays. Après avoir enchaîné trois meetings ou longues interventions en autant de semaines pour la rentrée, il devrait lever le pied cet automne, avec un seul grand rendez-vous annoncé en octobre, à Clermont-Ferrand. Il sélectionne ses apparitions au compte-gouttes, souvent des manifestations ou des colloques de l’institut La Boétie, le think-tank lié à LFI.
Un élu du mouvement résume la logique qui guide ce choix. « Il s’agit de ne pas épuiser Jean-Luc en dehors des figures imposées. Il est connu des Français, il n’a pas besoin de s’agiter à chaque foire à la saucisse », lâche-t-il à propos du candidat de 75 ans, dont il assure qu’il « sait comment il séquence sa campagne au jour près ». Sur le terrain, ce sont les députés qui prennent le relais, avec un objectif clair, organiser des réunions publiques dans chaque département. L’idée, selon Bompard, est de « faire vivre la campagne partout sur le territoire et sans Mélenchon ».
Même ses adversaires reconnaissent l’efficacité de la méthode. Le tribun est donné en tête à gauche dans les sondages, et parfois tout près du second tour. « Mélenchon cherche des sujets originaux, il est un des seuls à le faire », admet un proche d’Emmanuel Macron. Il a ainsi défendu le concept d' »écorégions » pour s’adapter au réchauffement climatique, tandis qu’une de ses proches, la députée Clémence Guetté, propose de créer de nouveaux droits pour l’amitié.
La tonalité générale de la campagne s’est également adoucie, loin des outrances des années passées. En juin, il mettait ses militants en garde. « Tout compte à partir de maintenant, chacun de nous est responsable. Vous savez très bien que l’on est regardé au microscope, hein? » Des conseils qu’il semble s’appliquer à lui-même. Comme avant 2022, après avoir clivé, il renoue avec un ton rassembleur. La période où il ironisait sur des patronymes juifs, s’attirant une comparaison avec Jean-Marie Le Pen lancée par Raphaël Glucksmann, semble déjà loin. « Il faut qu’on montre la bonne image de Mélenchon, qui a pu être abîmée par moments », reconnaît un élu insoumis. Un proche de Marine Le Pen tranche même. « Mélenchon fait une bonne campagne. Il s’est assagi. En fait, il fait déjà un second tour. »
Ses discours sont par ailleurs plus courts et davantage rédigés qu’à l’accoutumée, un virage notable pour ce spécialiste des envolées lyriques parfois improvisées, et souvent risquées. « Il a une volonté de viser juste, nous sommes plus impliqués qu’avant dans l’écriture », souligne un cadre du mouvement. Bompard confirme la tendance. Quand le timing se resserre, le candidat couche ses textes sur le papier, et les envoie parfois à ses équipes pour récolter des remarques.
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