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Le ciel blanchit sous les traînées des avions, et les compagnies avancent à petits pas

Seulement 3 % des vols mondiaux seraient à l’origine de 80 % du réchauffement provoqué par les traînées de condensation. Leur effet sur le climat est du…

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Le ciel blanchit sous les traînées des avions, et les compagnies avancent à petits pas

Seulement 3 % des vols mondiaux seraient à l’origine de 80 % du réchauffement provoqué par les traînées de condensation. Leur effet sur le climat est du même ordre que celui du CO2, mais les solutions concrètes restent rares.

Elles zèbrent le ciel de longues bandes blanches, si familières qu’on n’y prête plus attention. Ces traînées de condensation naissent dans le sillage des avions, quand la vapeur d’eau crachée par les moteurs se transforme en glace au contact d’un air froid et humide. Le phénomène se noue autour des fines particules de suie émises par la combustion du kérosène. Une fois formées, ces bandes jouent un rôle de couvercle et retiennent les rayonnements que la Terre renvoie vers l’espace. Résultat, l’atmosphère se réchauffe un peu plus.

Le sujet a longtemps été ignoré. Il a été au cœur d’un colloque organisé à Paris par la députée écologiste Christine Arrighi, qui constate que ce dossier méconnu commence enfin à sortir de l’ombre. Les chiffres donnent la mesure de l’enjeu. Pour un spécialiste de l’aérien travaillant avec le cercle de réflexion Transport & Environment, Jérôme du Boucher, une infime minorité de vols concentre l’essentiel du problème. Trois pour cent des vols de la planète génèrent 80 % du réchauffement attribué aux traînées. Et leur impact global équivaut à peu près à celui des émissions de dioxyde de carbone du transport aérien.

Le monde de l’aviation ne conteste plus vraiment ces données. Il a longtemps brandi le manque de certitudes scientifiques pour repousser le moment d’agir, et il ne se bouscule toujours pas. Certains acteurs s’y mettent pourtant. Air France a planché sur 4 300 vols transatlantiques étalés sur février, mars et avril, pour repérer lesquels pouvaient être détournés de leur route. Avec l’appui de deux jeunes pousses françaises, Estuaire et Klima, la compagnie a réécrit 130 plans de vol, soit 3 % du total, sans provoquer le moindre retard à l’atterrissage. Son directeur du développement durable, Vincent Etchebehere, parle de résultats encourageants. L’essai s’inscrit dans un projet européen baptisé Ciconia, où l’on retrouve aussi Airbus, Boeing, EasyJet et Swiss.

À l’autre bout du monde, une autre compagnie tente l’aventure. Cathay Pacific, basée à Hong Kong, s’est associée à Google, qui met en avant son intelligence artificielle Gemini. Le programme vise la zone Asie-Pacifique, après des campagnes menées aux États-Unis et sur l’Atlantique. Plus de cent vols ont été ciblés sur l’ensemble du réseau de la compagnie, et plus de quatre-vingts ont suivi une trajectoire permettant d’éviter la formation de traînées.

Là où le levier est le plus fort, c’est dans les zones froides et gorgées d’humidité. Autrement dit les vols de nuit, en hiver, sous des latitudes élevées, où le taux d’humidité peut grimper jusqu’à 130, voire 140 %. La parade consiste alors à contourner la zone concernée, ou bien à monter ou descendre l’appareil de quelques centaines de mètres. Tout repose sur une météo très fine. Pour combler les trous, Transport & Environment suggère une idée simple, installer des capteurs d’humidité à bord des avions de ligne. La Commission européenne propose de son côté d’accorder des quotas de carbone aux compagnies qui évitent ces traînées. Un pas jugé trop timide par l’organisation écologiste Opportunity Green, qui pointe l’absence de véritable incitation, ni pour les compagnies, ni pour ceux qui dessinent les plans de vol.

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