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Six ans après, le tabassage de Michel Zecler arrive enfin devant les juges

Trois policiers comparaissent dès lundi devant la cour criminelle de Paris pour avoir roué de coups le producteur de musique, un soir de novembre 2020.…

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Six ans après, le tabassage de Michel Zecler arrive enfin devant les juges

Trois policiers comparaissent dès lundi devant la cour criminelle de Paris pour avoir roué de coups le producteur de musique, un soir de novembre 2020. Michel Zecler attend ce moment depuis six ans et espère surtout que son affaire serve à éviter que d’autres subissent la même chose sans caméra pour le prouver.

Le procès s’ouvre six ans après les faits. Aurélien L., Pierre P. et Philippe T., aujourd’hui âgés de 29, 37 et 50 ans, répondent de violences volontaires en réunion et de faux en écriture publique par personne dépositaire de l’autorité publique. La cour criminelle de Paris leur consacre deux semaines d’audience, et ils encourent jusqu’à quinze ans de réclusion. Un quatrième policier sera, lui, jugé en correctionnelle. À l’époque, l’affaire avait provoqué une onde de choc et arraché un mot à Emmanuel Macron, celui de « honte ». Elle avait aussi relancé le débat sur les violences et le racisme dans la police, que des chercheurs qualifient de systémiques tandis que l’institution et les syndicats parlent d’actes isolés.

Nous sommes le 21 novembre 2020, la France vit son deuxième confinement. Michel Zecler est interpellé devant son studio de musique parisien pour non-port du masque et suspicion de consommation de cannabis. Poussé dans le sas étroit de l’entrée, il encaisse une pluie de coups. Une trentaine de frappes au visage et sur le corps, à mains nues et à la matraque, en quelques minutes à peine. L’expertise médicale relèvera un traumatisme crânio-facial, une plaie à la lèvre et au cuir chevelu, et une rupture complète du tendon du biceps, avec 45 jours d’incapacité totale de travail. Six jours plus tard, les images de la vidéosurveillance du studio, rendues publiques, font voler en éclats la version des fonctionnaires. Leur procès-verbal affirmait que le producteur les avait frappés et tenté de s’emparer de leur matraque. Michel Zecler, lui, avait été placé en garde à vue pour « violences » et « rébellion », avant que l’enquête ne soit classée après exploitation des vidéos.

Confrontés aux images, les trois hommes ont reconnu que Michel Zecler ne les avait pas frappés, tout en assurant avoir craint pour leur vie. Suspendus, deux d’entre eux ont passé un mois derrière les barreaux. Tous contestent la dimension raciste de l’agression, qui n’a pas été retenue faute de preuves. Le producteur affirme avoir été traité de « sale nègre », ce que les policiers nient. Leurs avocats, sollicités, n’ont pas souhaité s’exprimer.

Michel Zecler a aujourd’hui 47 ans. Il garde une ancre en titane dans le bras gauche, séquelle de son tendon rompu, et surtout des traces profondes dans la tête. « Six ans, c’est très très long », confie-t-il, et à l’approche du procès « plein de choses reviennent, comme les cauchemars ». Il suit régulièrement les procès où des policiers sont mis en cause et ne croit plus du tout à la théorie des « brebis galeuses ». Il s’interroge encore sur « la facilité » avec laquelle il a été agressé. « C’est une agression qui ne devait pas arriver », souffle-t-il, avec l’espoir que son procès fasse en sorte que « ce genre de choses se produise moins souvent ». Avant d’ajouter, amer, « mais il n’y a pas tout le temps de vidéo ».

L’affaire avait aussi débouché sur le Beauvau de la sécurité, une consultation de sept mois menée avec les syndicats sur la formation, l’encadrement ou encore la captation vidéo. Michel Zecler en garde un goût amer, celui d’« une montagne qui a accouché d’une souris ». Il dit toujours avoir « l’impression d’être face à une institution qui refuse de croire que certains de ses membres puissent commettre des erreurs ». Pour lui, les forces de l’ordre « portent un uniforme, représentent la loi, et se doivent d’être irréprochables ». Et de conclure, sans animosité, « je respecte beaucoup le métier de policier. Quand il est bien fait ».

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