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À Miquelon, un village entier se déplace d’un kilomètre face à la montée des eaux

Six cents habitants, un kilomètre de décalage et des maisons à reconstruire de zéro. Sur l’archipel français de Saint-Pierre-et-Miquelon, les premiers…

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À Miquelon, un village entier se déplace d'un kilomètre face à la montée des eaux

Six cents habitants, un kilomètre de décalage et des maisons à reconstruire de zéro. Sur l’archipel français de Saint-Pierre-et-Miquelon, les premiers réfugiés climatiques de France sortent leur nouveau bourg de terre, entre adhésion et scepticisme.

Au bout d’une route qui surplombe la mer, une pelleteuse s’active. C’est là que s’installe le nouveau Miquelon, à un kilomètre de l’ancien, lui aussi menacé. Emmanuel Macron s’est rendu sur place pour mesurer l’avancée du chantier. Devant une habitation presque terminée, il a félicité sa future propriétaire, Mildrède Bonnieul, et lui a souhaité d’être heureuse en famille. Elle espère y fêter Noël l’an prochain.

Comme elle, une poignée de familles a choisi de franchir le pas. Le gros œuvre à peine achevé, murs et charpentes, les proches prennent le relais pour tout finir eux-mêmes. Une habitude sur l’archipel. Morgan Detcheverry, fonctionnaire de 35 ans, a longtemps hésité avant de se lancer avec sa femme. Il doutait de l’urgence, la submersion n’étant pas attendue avant plusieurs décennies. Aujourd’hui, il ne regrette rien. « J’ai le temps, je suis jeune, j’ai l’énergie pour le faire maintenant », lâche-t-il. Pour lui, c’est l’occasion de reconstruire une vie.

Patricia Orsiny, jeune retraitée, sait qu’elle ne verra peut-être jamais la mer engloutir son ancien quartier. Peu importe. Elle préfère agir plutôt que refaire le monde. Et en laissant une maison à ses enfants, elle pense aussi à la suite. Depuis la baie vitrée de son futur salon, elle regarde le cap de Miquelon se découper dans la lumière.

En bas, dans le village d’origine, qui affleure au niveau de l’eau, le projet divise. « Ça crée une tension entre ceux qui sont contre et ceux qui sont pour. Mais déménage qui veut », résume Lise Leuloche, 73 ans. Elle redoute la montée de l’eau, qu’elle voit se rapprocher. Mais elle vit seule et n’a pas les moyens de partir. Henriette, épouse de l’ancien maire Jean de Lizarraga, ne se voit pas recommencer à son âge. « Quand on a 80 ans, c’est dur. J’ai peut-être tort », confie-t-elle. C’est François Hollande, lors d’une visite en 2014, qui avait annoncé le déménagement.

Le parcours pour partir est balisé. L’État estime la valeur du logement, le rachète, puis laisse trois ans aux bénéficiaires pour bâtir le nouveau. Dès la remise des clés, l’ancienne maison est détruite. Kevin Detcheverry, 32 ans, aimerait racheter une ferme d’élevage de canards située dans la zone rouge, promise à la submersion. Il a fait part à Emmanuel Macron de ses doutes sur l’avenir du bourg. Le chef de l’État lui a répondu que tout repose sur le volontariat et qu’un accompagnement est prévu.

Le village garde des airs de carte postale. Des rues tracées au cordeau, à l’américaine, bordées de façades bleues, vert pomme ou jaunes. Mais la vie y vacille. La boulangerie, toute neuve, cherche un repreneur après le départ du dernier locataire, venu de métropole. Une des deux épiceries a brûlé et s’est installée provisoirement dans une ancienne quincaillerie. L’aéroport, la centrale électrique et la maison de santé devront aussi déménager. Sans oublier l’église, plantée au centre, et son monument aux morts de la Grande Guerre.

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