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Fermé et dans le viseur de Donald Trump, le Kennedy Center mobilise Washington

Le prestigieux centre culturel de Washington a baissé le rideau et se retrouve sous la menace d’une démolition. Ses fidèles, eux, ont choisi de se donner…

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Fermé et dans le viseur de Donald Trump, le Kennedy Center mobilise Washington

Le prestigieux centre culturel de Washington a baissé le rideau et se retrouve sous la menace d’une démolition. Ses fidèles, eux, ont choisi de se donner la main tout autour du bâtiment de marbre.

Le Kennedy Center ne ressemble à aucune autre salle de spectacle. Ce rectangle de marbre blanc, posé au bord du Potomac, fait résonner depuis des décennies les pièces de théâtre, les ballets, les concerts et les projections qui font la réputation de la capitale américaine. Le bâtiment est aussi un mémorial dédié à un ancien président qui défendait les arts et la paix. Depuis quelques jours, ses portes sont closes. Une fermeture annoncée comme provisoire, mais la justice doit encore se pencher sur une interruption de longue durée, réclamée pour de gros travaux et validée par le conseil d’administration. Donald Trump, lui, continue de réclamer que son nom soit apposé sur l’édifice. En juin, la justice avait pourtant ordonné son retrait de la façade.

La mobilisation s’est organisée à la nuit tombante. Plus d’un millier de personnes se sont donné la main tout autour du bâtiment, formant une chaîne qui a grimpé jusque sur l’esplanade ouverte sur le fleuve. Beaucoup se sont campées le long des barrières dressées depuis la fermeture. D’autres se sont installées sur les murets, certaines ont trouvé refuge sous l’échafaudage et les bâches restés en place. On a applaudi, on a chanté. Les pancartes brandies dans la foule disaient des choses comme « Art égal liberté, art contraire de contrôle », « Pas touche au Kennedy Center » ou « Elisez un clown, attendez-vous à un cirque ».

Pour Neal Racioppo, ce lieu abrite des souvenirs qui ne s’achètent pas. Ce quinquagénaire installé depuis vingt-cinq ans à Washington, qui travaille dans un théâtre de la ville, y a emmené sa fille voir son tout premier film de Charlie Chaplin. « Entendre une fillette de cinq ans rire à une blague qui a cent ans m’a tiré les larmes. Je chéris ce souvenir », raconte-t-il. Le voir menacé le rend malade. « Comme il ne peut pas inscrire son nom sur ce bâtiment si cher, il en prive le monde. C’est révoltant », lâche-t-il.

Lizzy Andrew fait partie de celles qui ont foulé ses planches. Cette trentenaire est montée sept fois sur les différentes scènes, dont une pour chanter avec l’Orchestre symphonique national. L’idée d’une démolition la met « extrêmement en colère ». « Il n’a pas le droit de décider qu’une institution, un mémorial pour un ancien président, peut être démoli. C’est important qu’on se mobilise pour le dire », soutient-elle. Lela Agnew, elle, fréquente les lieux depuis près de cinquante ans. Elle y a grandi, y a amené ses enfants. À ses yeux, ce centre appartient « à tous les Américains et aux gens du monde entier ». « Ce n’est pas un lieu politique », insiste cette responsable d’ONG, fidèle de l’activité gratuite proposée chaque jour.

De son côté, Donald Trump a remis une couche. Il a de nouveau traité l’endroit de « taudis », répétant qu’il perd de l’argent depuis des années. Il a même assuré que, si l’on s’engageait à sauver le Kennedy Center, son administration mériterait « de la reconnaissance ». Des clichés laissent penser qu’il songe vraiment à une démolition. Douglas Bergner, consultant politique à la retraite, ne serait pas étonné. « On l’a vu avec l’aile Est de la Maison Blanche, on l’a vu avec USAID, les bâtiments sont sous la menace de sa vanité », observe-t-il.

Dans la foule, Neal Racioppo repense à une pièce vue récemment. Voltaire y prononce une phrase qui colle étrangement à la soirée. « La vie est un naufrage mais nous ne devons pas oublier de chanter dans les canots de sauvetage. » La chaîne humaine autour du marbre blanc ressemble un peu à ce canot. « Je suis heureux de chanter avec mes voisins », compare-t-il.

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