Société
L’Unesco veut s’imposer comme l’arbitre mondial du débat sur l’intelligence artificielle
Son directeur général, Khaled el-Enany, plaide pour que l’organisation devienne un modérateur du grand débat planétaire sur l’intelligence artificielle.…


Son directeur général, Khaled el-Enany, plaide pour que l’organisation devienne un modérateur du grand débat planétaire sur l’intelligence artificielle. Il reçoit le pape Léon XIV à Paris le 25 septembre, une première depuis 1980.
L’Organisation des Nations unies pour la culture, l’éducation et la science veut compter dans la conversation la plus tendue du moment. À sa tête depuis dix mois, l’Égyptien Khaled el-Enany assume l’ambition sans détour. Il imagine son institution en lieu de rencontre entre les États, les géants de la technologie et les universités, histoire d’encadrer une intelligence artificielle qui file plus vite que les règles censées la contenir. Pour incarner ce message, il accueille le pape Léon XIV à Paris le 25 septembre. Un souverain pontife au siège de l’Unesco, cela n’était plus arrivé depuis Jean-Paul II, en 1980.
Dans son premier entretien accordé à un média international, il raconte que l’intelligence artificielle et les sciences ont occupé la majorité de ses déplacements et de ses prises de parole depuis sa nomination. Le sujet s’impose partout. Et les alertes se multiplient, nourries par une série d’incidents et par les mises en garde de chercheurs et de dirigeants du secteur. Le risque, selon lui, est bien réel. Sans intervention, l’IA peut devenir « hors de contrôle ». Il préfère souligner ce qui avance dans le bon sens et juge les échanges récents « très positifs », tout en décrivant un outil « extraordinaire » qui doit être gouverné de façon éthique, inclusive et équitable.
L’Unesco n’arrive pas les mains vides. Dès 2021, ses États-membres ont adopté à l’unanimité une Recommandation sur l’éthique de l’intelligence artificielle. Un texte pionnier, premier cadre normatif mondial dédié au sujet. Il pointait déjà les atteintes à la vie privée, le risque d’une fracture numérique, la concentration du pouvoir technologique entre quelques États ou quelques entreprises, les effets sur la démocratie et l’information, sans oublier l’empreinte environnementale de ces technologies.
Reste l’écart entre les pays. Khaled el-Enany le constate dans ses discussions avec les États-membres. Tout le monde réclame sa part de la transformation numérique, mais tout le monde n’y participe pas. Pour que les textes ne restent pas lettre morte, l’organisation dit travailler sur le terrain avec plus de 80 gouvernements, afin de les préparer à ces bouleversements. Sa direction discute aussi directement avec les plus grandes entreprises du secteur.
Le pape Léon XIV est présenté comme un partenaire de premier plan. En mai, dans son encyclique « Magnifica humanitas », il a appelé à « désarmer » l’intelligence artificielle pour l’empêcher de dominer l’humain, et à davantage de coopération, de partage des connaissances et de travail entre les nations. Des prises de position fortes, qui résonnent avec les préoccupations de l’Unesco. La visite parisienne doit marquer, selon son directeur général, le début d’un partenariat solide destiné à renforcer et protéger la dignité humaine dans cette révolution industrielle.
Derrière la question technique se joue un enjeu politique. La venue du pape est décrite comme un moment historique pour l’Unesco et comme un signal en faveur du multilatéralisme, alors que l’organisation enregistrera le départ de deux États-membres au 31 décembre, dont les États-Unis. L’administration Trump a annoncé en juillet 2025 son retrait, reprochant à l’Unesco un parti pris anti-israélien et la promotion de causes sociales et culturelles clivantes, portées par une feuille de route idéologique et mondialiste. Conséquence directe, la Chine, acteur majeur de l’IA, devient le premier financeur de l’institution. En 2023, quand Washington s’apprêtait à revenir, le secrétaire d’État Anthony Blinken avait justifié ce retour par la nécessité de contrebalancer l’influence de Pékin, notamment sur le dossier de l’intelligence artificielle.
Pour Khaled el-Enany, le calendrier n’a rien d’un hasard. Discours de haine, conflits qui prolifèrent, défi climatique, intelligence artificielle. Face à cette liste, il l’affirme, l’Unesco est « aujourd’hui plus pertinente que jamais ».
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