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Asala Nasri retrouve Damas après quinze ans passés loin de chez elle

La chanteuse syrienne a rempli un stade de la capitale jeudi soir, sous haute surveillance, deux semaines après avoir été la cible d’une campagne de…

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Asala Nasri retrouve Damas après quinze ans passés loin de chez elle

La chanteuse syrienne a rempli un stade de la capitale jeudi soir, sous haute surveillance, deux semaines après avoir été la cible d’une campagne de prédicateurs radicaux réclamant l’annulation du concert. Un retour chargé de symbole dans un pays qui cherche encore son équilibre.

Des milliers de personnes, des petits drapeaux syriens qui s’agitent au rythme de la musique, des larmes que beaucoup ne cherchent même plus à retenir. Jeudi soir, dans un stade de Damas, Asala Nasri a retrouvé son public syrien après quinze années d’exil. À 57 ans, l’artiste n’a pas caché son émotion. « Vous m’avez tellement manqué. Combien ai-je rêvé de cette rencontre, et combien ai-je prié que nous nous retrouvions », a-t-elle lancé face à la foule. Avant d’ajouter que la guérison du pays, selon elle, ne passera que par l’art et la musique. Le concert s’est déroulé sous étroite surveillance, tant la soirée était attendue et contestée.

Son histoire avec la Syrie s’est fissurée en 2011. Cette année-là, Asala fait partie des premières voix de la scène syrienne à afficher son soutien aux manifestations pacifiques contre Bachar al-Assad. Elle refuse de participer aux événements organisés en soutien au pouvoir. La réponse tombe vite. Elle est radiée du syndicat des artistes et devient la cible de campagnes médiatiques. Elle choisit alors de partir, s’installe au Caire avec sa famille et continue sa carrière, donnant des concerts dans plusieurs pays arabes. Pendant ce temps, la répression du mouvement pacifique bascule dans une guerre civile qui fera plus d’un demi-million de morts et découpera le pays.

Aujourd’hui, ce sont les autorités islamistes arrivées au pouvoir après la chute de Bachar al-Assad en 2024 qui célèbrent son retour. Le ministre de la Culture, Mohammad Yassine Saleh, est monté sur scène à ses côtés. Il l’a présentée comme la « fille de Damas », dont le retour appartient selon lui à « tout Syrien honnête et toute personne libre ». Asala a profité de la soirée pour défendre son nouvel opus, « l’album syrien », quatorze morceaux comme les quatorze provinces du pays. Un hommage revendiqué à une Syrie multiconfessionnelle et multi-ethnique. Elle a chanté pour les villes martyrisées, pour le littoral tout juste endeuillé par des violences visant des alaouites, pour la région druze de Soueïda, elle aussi secouée par des affrontements communautaires. La moitié des recettes du concert doit aller à des œuvres caritatives.

Le chemin n’a pourtant pas été tranquille. Avant la représentation, des islamistes radicaux ont mené campagne sur les réseaux sociaux pour faire annuler l’événement, jugé incompatible avec les préceptes de l’islam. Un prédicateur égyptien installé en Syrie, Hani Dahab, connu sous le nom de « cheikh al-Dhahabi », a appelé à faire échouer les « concerts du péché » et reproché au ministère de la Culture de vouloir donner au pays une coloration laïque. Un autre prédicateur salafiste syrien, Abdel Razzaq al-Mahdi, a parlé d’un « spectacle de débauche ». Des prédicateurs réunis à Damas ont demandé au ministre de tenir compte de « l’identité religieuse de la société ». Ce bras de fer intervient alors que le pays vit depuis 2025 un réel essor artistique et culturel, en parallèle de la montée de courants religieux conservateurs dans les lieux publics et les universités, ce qui nourrit des inquiétudes sur l’avenir des libertés.

Face à ces pressions, l’exécutif a tenu bon. Farah al-Atassi, conseillère politique au sein du gouvernement, a défendu la tenue du concert en rappelant ce qui fait, selon elle, l’identité du pays. « C’est la Syrie que nous connaissons et qui va se perpétuer, la Syrie qui porte la poésie, le verbe et la pensée qui font partie intégrante de l’identité syrienne », a-t-elle déclaré. Pour Asala, ce retour a aussi pris un tour intime. Arrivée cette semaine à Damas avec sa famille, elle s’est vu restituer par un antiquaire de la ville le oud de son père, musicien célèbre, que le commerçant avait conservé chez lui pendant de longues années. Un instrument retrouvé, et une scène retrouvée. Dans le stade, Sawsan Wadha, 56 ans, résumait le sentiment général. Elle ne croyait pas que ce jour arriverait, dit-elle, comme dans « un très beau rêve ».

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