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Les promos sur les lunettes et aides auditives dans le viseur du gouvernement

Un projet de décret veut interdire la publicité des opticiens et audioprothésistes sur les équipements remboursés, ce qui signerait la fin des remises et…

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Les promos sur les lunettes et aides auditives dans le viseur du gouvernement

Un projet de décret veut interdire la publicité des opticiens et audioprothésistes sur les équipements remboursés, ce qui signerait la fin des remises et des cadeaux. La filière se déchire sur la question.

Depuis des années, les enseignes d’optique et d’audioprothèse échappent à une règle qui s’applique pourtant à la plupart des dispositifs médicaux pris en charge par l’Assurance maladie. Cette dérogation leur ouvre grand la porte à la publicité, aux remises affichées et aux offres promotionnelles en tout genre. Un projet de décret, présenté aux organisations professionnelles de la branche, veut y mettre un terme en modifiant un arrêté qui fixe la liste des dispositifs pouvant être promus auprès du grand public. Les instances concernées disposent de quelques jours pour transmettre leurs remarques au ministère de la Santé.

Chez les syndicats majoritaires de l’optique, la pilule a du mal à passer. Le Rassemblement des opticiens de France qualifie la mesure d’« erreur majeure » et réclame son retrait pur et simple. Son administrateur Laurent Lévy, également patron d’Optical Center, trace un enchaînement redouté. Interdire la publicité reviendrait selon lui à interdire les offres, donc à faire grimper le prix des lunettes et des appareils auditifs. Moins de propositions à comparer, une concurrence affaiblie sur les tarifs, et au bout du compte des clients qui repoussent le renouvellement de leurs équipements. Il pointe aussi un risque pour la prévention. Sans communication possible, difficile de pousser les Français à faire contrôler leur vue.

Les pratiques visées sont bien réelles. Les enseignes rivalisent d’arguments commerciaux, avec des remises pouvant grimper jusqu’à 40% sur les montures pour « toute la tribu », 60 euros offerts le jour d’un anniversaire, ou encore des paires supplémentaires à prix symbolique. Les dépenses publicitaires du secteur ont dépassé 193 millions d’euros en 2024, réseaux sociaux exclus. Pour Hugues Verdier-Davioud, président de la Fédération nationale des opticiens de France, cette course à la remise est devenue une surenchère permanente où tout fait prétexte. Il soutient le texte et y voit l’occasion de redorer l’image d’un professionnel de santé plutôt que d’un commerçant, avec l’espoir, à terme, de décrocher de nouvelles compétences élargies, comme les pharmaciens et les infirmiers en ont obtenu récemment.

Le ministère de la Santé se défend de vouloir freiner l’accès aux lunettes ou aux aides auditives. Il s’agit simplement de bloquer certaines dérives, comme offrir un téléphone en échange du remboursement d’un produit pris en charge. Arthur Havis, directeur général du réseau mutualiste Ecouter Voir, partage cette ligne. Pour lui, la santé visuelle et auditive ne peut pas être traitée comme un bien de consommation ordinaire, au risque de fragiliser la prise en charge des patients les plus modestes. Le sujet n’est pas neuf. Des sénateurs avaient déjà tenté d’interdire cette publicité à l’occasion d’un projet de loi contre les fraudes sociales et fiscales, en avançant les mêmes arguments d’économies et de lutte contre les pratiques commerciales agressives. Leurs amendements, jugés irrecevables, n’avaient pas survécu.

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