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El Niño assèche l’Amérique centrale et pousse des millions de familles vers la faim

Une sécheresse d’une violence inédite frappe le couloir sec d’Amérique centrale, où dix millions de personnes voient leurs récoltes et leur bétail…

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El Niño assèche l'Amérique centrale et pousse des millions de familles vers la faim

Une sécheresse d’une violence inédite frappe le couloir sec d’Amérique centrale, où dix millions de personnes voient leurs récoltes et leur bétail disparaître. Privées d’eau et de nourriture, des familles survivent avec une seule tortilla par repas.

Le couloir sec d’Amérique centrale traverse le Guatemala, le Salvador, le Nicaragua, le Costa Rica et le Honduras. Cette bande de terre aride abrite plus de dix millions de personnes, dont une large majorité de petits paysans vivant dans la pauvreté. Le phénomène El Niño, qui revient tous les deux à sept ans et réchauffe les eaux de surface du Pacifique équatorial, y dérègle le climat et assèche les sols. Cette fois, les experts préviennent que l’épisode pourrait devenir le plus puissant jamais enregistré, avec des répercussions attendues jusqu’en 2027.

Au Honduras, Lidia Ochoa, 76 ans, n’a plus le souvenir d’une telle sécheresse. Dans son village de San Lorenzo, elle mange parfois, parfois non. « Il m’arrive de me mettre à pleurer », confie-t-elle. Une seule tortilla lui suffit désormais pour un repas, car tout est hors de prix. Plus au nord, au Salvador, Maria de la Paz Portillo gère un réservoir qui alimente le village d’El Matazano. L’eau se raréfie, alors que le thermomètre a grimpé jusqu’à 42 degrés. Ce point d’eau suffisait autrefois à une cinquantaine de familles et à un bassin où l’on élevait du poisson. Les habitants ont dû abandonner cet élevage pour économiser chaque goutte.

Les champs de maïs ont viré à la terre craquelée. Francisco Molina, agriculteur et éleveur de 48 ans, contemple des carcasses de bétail là où ses cultures devaient pousser. Sans eau, le troupeau meurt de faim. À San Lorenzo, une centaine de vaches ont péri ces derniers mois. Darwin Cruz a vendu deux de ses vaches laitières depuis juin, une troisième n’a pas survécu. Ses trois bêtes restantes produisent le quart du lait habituel, et ce revenu nourrissait sa femme et ses deux filles. S’il ne pleut pas, il devra vendre ses petites vaches, une perspective qui l’angoisse.

Face à cette situation, les gouvernements de la région ont décrété l’état d’urgence. Leurs aides restent insuffisantes, et beaucoup d’habitants dépendent des organisations humanitaires. Au Guatemala, Elvira Pasa, dirigeante indigène d’un village reculé de la commune de Cunén, redoute l’effondrement des récoltes. Le maïs s’y achète déjà 50% plus cher qu’à l’accoutumée, et le pays affronte une malnutrition infantile aggravée par la sécheresse. Le Programme alimentaire mondial redoute des pénuries de nourriture pour 16 millions de personnes en Amérique latine.

D’autres tentent de s’adapter comme ils peuvent. Vilma Ortiz, 53 ans, a bâti une serre au Salvador et remplacé ses tomates par des piments, plus résistants au manque d’eau. Mais la région reste fragile, et Elvira Pasa avoue commencer « à avoir peur, car nous ne savons pas de quoi nous allons vivre ».

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