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À Port-Grimaud, les copropriétaires veulent divorcer de leur commune

Depuis 2022, une partie des propriétaires de la cité lacustre varoise s’oppose à la mairie de Grimaud sur la gestion du port et des anneaux à quai. Fin…

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À Port-Grimaud, les copropriétaires veulent divorcer de leur commune

Depuis 2022, une partie des propriétaires de la cité lacustre varoise s’oppose à la mairie de Grimaud sur la gestion du port et des anneaux à quai. Fin juillet, 201 d’entre eux ont déposé une pétition en préfecture pour réclamer la création d’une commune autonome.

Nichée sur le golfe de Saint-Tropez, dans le Var, Port-Grimaud n’a rien d’un village ordinaire. Cette cité lacustre privée s’étend sur 95 hectares et abrite quelque 2 400 logements, un plan d’eau, sept kilomètres de canaux, des commerces, une église et 2 000 places de bateaux. Elle se divise en trois copropriétés, PG1, PG2 et PG3, et décroche un label d’architecture contemporaine remarquable. Chaque année, 1,4 million de visiteurs viennent y flâner. Son principe fondateur remonte à 1966, quand l’architecte François Spoerry imagine le triptyque « une maison, un quai, un bateau », matérialisé par cet anneau qui relie chaque habitation à son embarcation.

Pendant des décennies, ce décor a tourné sans accroc. Jusqu’en 2022, le plan d’eau et le port étaient gérés directement par des copropriétaires, qui en tiraient des revenus substantiels. Cette année-là, anticipant la fin de cinquante ans de concessions privées, la mairie de Grimaud a repris en régie municipale la gestion des activités portuaires. Elle invoquait un déficit qualifié de chronique et la nécessité d’investir pour lutter contre l’ensablement et le risque de montée des eaux. Dans la foulée, elle a résilié les concessions des anneaux à quai, en proposant à chaque copropriétaire une garantie d’usage sur trente-cinq ans. Une décision qui a déclenché une longue série de recours.

Pour beaucoup de propriétaires, la coupe est pleine. Fin juillet, 201 d’entre eux, soit le tiers requis du corps électoral, ont déposé en préfecture une pétition réclamant la scission, autrement dit la création d’une commune autonome. « Pendant 55 ans, tout s’est très bien passé », assure Marc Dorgnon, 70 ans, porte-parole du collectif Port-Grimaud 2028, qui milite pour cette indépendance. Philippe de Saint-Rapt, président de l’association syndicale de PG1, va plus loin. Il accuse la commune de vouloir « s’approprier le bien d’autrui à vil prix » et de « spolier une partie de sa population », avant de résumer le rapport de force d’une formule, « la Russie contre l’Ukraine ».

Port-Grimaud compte environ 2 500 copropriétaires, dont 30 % d’étrangers et une immense majorité de résidents secondaires. Le long des quais privés, de luxueux yachts côtoient de fins voiliers aux bois vernis et quelques embarcations de pêche-promenade plus modestes. « On n’est pas un repaire de riches », insiste Marc Dorgnon, battu aux dernières municipales.

De l’autre côté, le maire divers droite Alain Benedetto, réélu pour un cinquième mandat, affiche sa lassitude devant les centaines de procédures en cours. « Avec 300 000 euros de frais d’avocats, ça commence à faire cher en argent public toutes ces plaisanteries », soupire-t-il dans sa mairie, au cœur du village médiéval. Fin août, un jugement rendu à Draguignan a rejeté la demande de copropriétaires réclamant un « droit de jouissance réel, privatif, exclusif et perpétuel » sur les dix mètres d’eau devant leur maison. La justice a rappelé le caractère « imprescriptible et inaliénable » du domaine public maritime. L’édile dénonce un « procès d’intention » et jure que la mairie ne veut « ni les exproprier, ni récupérer leurs quais ». Pour lui, la scission reste « une idée farfelue » portée par « une minorité ». « Il faut du territoire pour faire une commune », plaide-t-il, avant de lâcher que cette histoire ressemble un peu à du Pagnol.

Tous les propriétaires ne rêvent pas de divorce. Richard Grossi, 76 ans, détenteur de parts à PG2 et PG3, dit en avoir « marre de ces conneries » et pointe la facture des recours. « Je paie les avocats de PG2, ceux de PG3, et aussi ceux de la mairie. Nous, on est Grimaudois, on veut rester Grimaudois », tranche-t-il. Louise David, 75 ans, dont les parents avaient acheté une maison dès les années 60, s’agace de voir « des barrières et des interdictions partout » et s’interroge sur un projet qui, selon elle, ferme plus qu’il n’ouvre. Sa pétition « Pour que Port-Grimaud reste à Grimaud », lancée fin août, a dépassé les 420 signatures.

Reste à savoir si la démarche aboutira. La préfecture indique que la demande de scission est « en cours d’instruction ». Pour être recevable, elle devra en tout état de cause être confirmée à l’expiration d’un délai d’un an. Le préfet décidera alors, ou non, d’ouvrir une enquête publique. En attendant, les recours continuent de s’empiler et les deux camps campent sur leurs positions, dans ce que certains comparent à une séparation de couple. « On a des intérêts divergents. Comme un couple qui ne s’entend plus, divorçons », résume Marc Dorgnon.

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