Société
La pilule au désogestrel sous surveillance, un courrier pour 1,6 million de femmes
L’agence française du médicament prévient les utilisatrices d’un risque rare de tumeur au cerveau, sans jamais demander d’arrêter cette contraception.…


L’agence française du médicament prévient les utilisatrices d’un risque rare de tumeur au cerveau, sans jamais demander d’arrêter cette contraception. Derrière l’alerte, c’est surtout la place de la pilule dans la vie des femmes qui se joue.
Le courrier est parti. L’Agence nationale de sécurité du médicament écrit à environ 1,6 million de femmes ayant pris du désogestrel, ce progestatif de synthèse, pour les informer d’un sur-risque faible de méningiome, une tumeur au cerveau le plus souvent bénigne. Une vaste étude a chiffré ce risque à un cas pour 67 000 utilisatrices, et à un cas pour 17 000 après cinq années de prise. Les femmes concernées en priorité sont celles qui prennent ce traitement au long cours, surtout après 45 ans, ainsi que celles qui ont déjà eu recours à un autre progestatif connu pour ce risque, comme l’Androcur, le Lutényl ou le Lutéran. Malgré ce signal, la position de l’agence reste ferme. « En aucun cas, cette contraception n’est remise en question », insiste Isabelle Yoldjian, sa directrice médicale.
Ces pilules ne sont pas une niche. Les spécialités à base de désogestrel, qu’on trouve sous les noms Antigone, Cerazette, Elfasette ou encore Optimizette, couvrent près de la moitié de la contraception orale en France. L’autre moitié repose sur des pilules associant un oestrogène et un progestatif, généralement du lévonorgestrel avec de l’éthinylestradiol. Ces dernières sont plutôt réservées aux femmes qui présentent davantage de soucis cardiovasculaires, car elles n’entraînent pas de risque de thrombose, et elles ont la faveur des médecins pendant le post-partum et l’allaitement. Deux familles de pilules, deux profils de patientes, et un même réflexe chez les soignants, celui de ne pas laisser le risque rare écraser le bénéfice quotidien.
Car les effets secondaires qui poussent beaucoup de femmes à raccrocher sont ailleurs. Saignements irréguliers, prise de poids, sautes d’humeur, libido en berne. Désagréable, parfois invalidant au quotidien, mais « la balance bénéfices/risques reste toujours extrêmement favorable », rappelle Geoffroy Robin, gynécologue au CHU de Lille. Éviter une grossesse non désirée n’est pas le seul atout. Certaines pilules apaisent les douleurs liées à l’endométriose et offrent une protection contre des cancers du côlon, de l’endomètre et de l’ovaire. Pour Isabelle Derrendinger, présidente du Conseil national de l’Ordre des sages-femmes, cette alerte raconte autre chose encore, à savoir le manque criant de données scientifiques sur la santé des femmes, un retard que la recherche commence tout juste à combler.
Reste que la défiance est bien là. En 2005, plus d’une femme de 18 à 49 ans sur deux utilisait la pilule. Elles n’étaient plus que 26,8 % en 2023, selon l’enquête « Contexte des sexualités en France » publiée par l’Inserm en 2024. Chez les 18-29 ans, elle garde la première place, mais son recul est net, avec 36,6 % en 2023 contre 54,3 % en 2016. Le basculement remonte à 2013, année où la révélation de risques accrus liés aux pilules de 3e et 4e générations a marqué les esprits. Une jeune femme, handicapée après un AVC, avait alors porté plainte contre le fabricant d’une pilule de 3e génération, un dossier finalement classé sans suite en 2017. Depuis s’est installé ce que le Dr Robin appelle un climat d’hormonophobie, nourri par beaucoup de désinformation circulant sur les réseaux sociaux. Beaucoup de jeunes femmes veulent retrouver un cycle plus naturel et se tournent vers la méthode du calendrier, la surveillance de la température corporelle ou l’observation de la glaire cervicale. Leur efficacité reste modeste, et elles ne conviennent pas aux femmes dont les cycles sont irréguliers.
Dans les faits, c’est le stérilet qui a pris la tête chez les 18-49 ans, avec 27,7 % d’utilisatrices en 2023. Les gynécologues, mieux formés, le proposent désormais même aux femmes qui n’ont pas eu d’enfant. La contraception pèse toujours largement sur les épaules féminines, mais les choses bougent du côté des hommes, le nombre de vasectomies ayant été multiplié par 26 en quinze ans pour atteindre 57 666 en 2025, selon une étude Epi-Phare. Le préservatif, plébiscité par plus d’une femme de 18 à 29 ans sur quatre, soit 22,3 % en 2023, mériterait d’être utilisé bien davantage selon Mme Derrendinger, pour qui les infections sexuellement transmissibles doivent bien plus inquiéter que le risque de méningiome lié au désogestrel.
Une chose est sûre, aucune méthode ne convient à toutes et à toutes les étapes d’une vie. Ce qui fonctionne à 20 ans ne tient plus forcément à 40, parce que le corps, la santé et les projets changent. D’où l’intérêt de remettre régulièrement sa contraception sur la table avec un médecin, une sage-femme ou un gynécologue, en pesant les effets indésirables ressentis face aux bénéfices obtenus. L’agence du médicament recommande d’ailleurs, à partir de 35 ans, de faire le point sur son bilan hormonal et sur les traitements suivis jusque-là.
À lire aussi





PolitiqueEn Ligne 4 joursQui pour succéder à Emmanuel Macron ? La bataille est déjà lancée



SociétéEn Ligne 5 joursMarionnaud face à la reprise, les salariés baissent le rideau



EuropeEn Ligne 6 joursL’AfD roule sur les mobylettes d’une famille juive persécutée pour séduire les nostalgiques de l’Est



PlanèteEn Ligne 6 joursUn pan de montagne s’est arraché au Népal et a tout balayé sur vingt kilomètres



SociétéEn Ligne 3 joursLa tour Eiffel ferme après l’effacement forcé de ses employées



PolitiqueEn Ligne 5 joursBardella jure une loyauté totale à Marine Le Pen avant la course de 2027



CultureEn Ligne 4 joursLe plus grand temple hindou d’Europe continentale ouvre près de Paris



ÉconomieEn Ligne 6 joursLa France prépare sa réponse à SpaceX depuis Vernon








