Nous rejoindre sur les réseaux

Faits Divers

Deux Renoir volés en cinq minutes et un butin impossible à revendre

Deux toiles du maître impressionniste ont été dérobées au musée Renoir de Cagnes-sur-Mer. Pour un commissaire-priseur, elles sont strictement invendables…

Article

le

Deux Renoir volés en cinq minutes et un butin impossible à revendre

Deux toiles du maître impressionniste ont été dérobées au musée Renoir de Cagnes-sur-Mer. Pour un commissaire-priseur, elles sont strictement invendables, ce qui promet bien des déboires à leurs ravisseurs.

Les deux hommes n’ont pas traîné. Arrivés juste avant six heures du matin, ils ont passé moins de cinq minutes dans le musée aménagé dans une villa des hauteurs de Cagnes-sur-Mer. Le temps de découper à la scie électrique à métaux deux toiles de Renoir, puis de repartir. « Madame Colonna Romano », peinte vers 1910, et « Jeune femme au puits », datée des environs de 1886. Un préjudice de neuf millions d’euros avait d’abord été évoqué.

Sauf que ce butin ne vaut rien pour qui veut le revendre. Alexandre Giquello, commissaire-priseur et président de la maison Drouot, est catégorique. « À la différence des bijoux ou de l’or, que l’on peut fondre, les tableaux de Renoir sont strictement invendables », explique-t-il. La raison est simple. Les deux peintures figurent dans les collections du musée et sont répertoriées comme des œuvres spoliées restituées en 1945. Leur identification est donc quasi immédiate. La moindre apparition publique ou sur les réseaux sociaux ferait aussitôt réagir l’Office central de lutte contre le trafic de biens culturels.

Giquello écarte aussi l’hypothèse d’un collectionneur secret qui aurait commandité le vol pour son plaisir privé. Pas de Dr No dans son bunker. Selon lui, le cambriolage de ce musée était « un vol facile, au recel impossible ». Une fois les tableaux en leur possession, les voleurs se retrouvent coincés. « Les cambrioleurs ont l’impression de voler des objets importants en valeur sauf qu’ils sont invendables », résume-t-il. Même l’or et les bijoux perdent de leur valeur brute une fois fondus ou taillés.

Le phénomène dépasse largement le cas de Cagnes-sur-Mer. Dans une note de la direction nationale de la police judiciaire, les vols dans les musées sont qualifiés de « nouvelle menace », avec une attention particulière portée à leur durée. Les exemples s’accumulent. Le 1er juillet, une quarantaine de pièces d’or antiques ont disparu en moins de quinze minutes du Centre archéologique de Montans, dans le Tarn. Le 5 juillet, des pièces de joaillerie ont été dérobées en une dizaine de minutes au musée Lalique de Wingen-sur-Moder. Le 24 juillet, deux individus se sont emparés du trésor de Vix, 480 grammes d’or datés de 500 avant J-C, au musée du Pays Châtillonnais à Châtillon-sur-Seine. Et lors du vol du Louvre, le 19 octobre 2025, un commando a emporté huit joyaux de la Couronne de France en moins de sept minutes. La ministre de la Culture, Catherine Pégard, a décrit « des commandos qui agissent très vite ».

Reste la question de la protection. Pour Giquello, les musées « sont moins bien protégés que les banques ou les grands bijoutiers ». Il évoque un « travail de longue haleine, très coûteux, de remise en conformité des moyens de sécurisation des œuvres », au moment où les finances publiques ne sont pas au mieux. La ministre de la Culture a réclamé « des mesures d’urgence », « sans délai ». Le 27 juillet, son ministère avait dévoilé un plan en 33 mesures, avec 3.127 lieux sensibles cartographiés, dont 1.200 musées. Les chiffres donnent la mesure du chantier. En 2024, 23% des musées de France seulement disposaient d’un plan d’urgence, et 54% des collections nationales bénéficiaient d’un dispositif de vidéosurveillance.

À lire aussi

Click to comment

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Les + Lus