Monde
Ces pays réclament des droits pour les Afghanes puis coupent l’aide qui les fait vivre
À la tête du Conseil norvégien pour les réfugiés, Jan Egeland dénonce l’hypocrisie des nations qui tiennent de grands discours sur les droits des femmes…

À la tête du Conseil norvégien pour les réfugiés, Jan Egeland dénonce l’hypocrisie des nations qui tiennent de grands discours sur les droits des femmes afghanes depuis leurs capitales. Ces mêmes pays sabrent dans le même temps l’aide humanitaire dont dépendent des millions de personnes, à commencer par les filles et les femmes.
Le constat est dur, et sans détour. Depuis Kaboul, Jan Egeland a pointé du doigt les pays qui réclament des droits pour les femmes afghanes dans des séminaires organisés au cœur de capitales européennes, tout en réduisant l’aide qui sert à nourrir ou à scolariser les filles du pays. Pour le responsable du Conseil norvégien pour les réfugiés, ce double discours porte un nom, l’hypocrisie. Exiger l’accès à l’éducation et au travail pour les Afghanes, c’est légitime à ses yeux. Mais cela ne pèse pas lourd face à des coupes qui privent ces mêmes femmes de leurs moyens de survie.
L’aide internationale à l’Afghanistan ne cesse de fondre depuis le retour au pouvoir des talibans en 2021. La population traverse l’une des pires crises humanitaires de la planète, entre catastrophes naturelles à répétition et le rapatriement de six millions d’Afghans chassés du Pakistan et d’Iran en trois ans, le plus grand mouvement de retour observé dans le monde. Les Nations unies ont lancé l’alerte. À la fin du mois d’août, moins de trente pour cent des fonds nécessaires à une aide vitale avaient été réunis. Les États-Unis ont supprimé l’ensemble de leur soutien humanitaire et d’autres pays ont revu leurs contributions à la baisse. Un million d’enfants atteints de malnutrition aiguë sévère se trouvent en danger de mort faute de prise en charge.
Les répercussions sont déjà tangibles. Le Conseil norvégien pour les réfugiés, présent dans une douzaine de provinces, emploie environ quatre cents personnes, dont des femmes, pour distribuer de l’aide alimentaire et soutenir l’éducation, l’hébergement et les plus vulnérables. Faute de financement, des employées de l’aide humanitaire et des écoles primaires pour filles doivent être remerciées, ce qui fragilise un peu plus celles qu’elles soutenaient. Selon les Nations unies, cent soixante-quinze centres offrant des services contre les violences fondées sur le genre ont déjà dû fermer, à court d’argent. Une employée afghane d’une organisation internationale raconte avoir vu l’espoir s’effriter. Pour beaucoup, ces structures représentent l’une des dernières portes d’emploi, et celles qui les quittent mesurent les conséquences pour les femmes qu’elles venaient en aide.
Face aux talibans, Jan Egeland a aussi lancé un avertissement. En fermant l’éducation au-delà du primaire, les autorités se privent de futures femmes professeures, infirmières, médecins ou sage-femmes. Il réclame le rétablissement immédiat du droit des filles à apprendre. Il appelle en outre les pays européens et d’Amérique du Nord à ouvrir des ambassades en Afghanistan et à nouer un dialogue avec les talibans, sans pour autant reconnaître leur gouvernement. Une nuance qu’il tient à souligner. Son message se résume simplement. Venez sur place, demandez des droits pour les femmes et les filles, et aidez-les. Aujourd’hui, les organisations humanitaires se sentent bien seules face à une crise qu’il qualifie de dépassant l’imagination.
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