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Autour de Nantes, raser les bidonvilles ne suffit pas à loger les familles

À l’est de Nantes, des centaines de familles roms vivent dans des caravanes et des cabanes que la ville veut faire disparaître, sans calendrier fixé.…

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Autour de Nantes, raser les bidonvilles ne suffit pas à loger les familles

À l’est de Nantes, des centaines de familles roms vivent dans des caravanes et des cabanes que la ville veut faire disparaître, sans calendrier fixé. Entre promesses de relogement et évacuations, elles ignorent où elles dormiront demain.

Au bout d’un chemin rocailleux bordé d’épaves, la maisonnette en bois de Ramona Velcu s’abrite sous un toit de tôle, entourée de verdure. La trentenaire y vit depuis plusieurs années avec son mari, leurs trois enfants et ses beaux-parents. Dans ces quelques hameaux de la Prairie de Mauves, à l’est de Nantes, habitent entre 700 et 1 000 personnes, majoritairement des Roms. Caravanes et bicoques de planches dépareillées s’y mêlent, au milieu de bois et de meubles abandonnés. La mairie veut « résorber » cet ensemble et propose aux habitants un accompagnement vers un relogement, un travail pensé « sur le temps long » et toujours sans échéance arrêtée. « On nous a dit qu’on pouvait rester encore un peu, puis on verra ce qui sera possible, peut-être un terrain aménagé », confie Ramona Velcu.

Depuis quelques années, sept terrains dits d' »insertion temporaire » ont vu le jour dans les environs de Nantes, et d’autres sont à l’étude. Mobil-homes, sanitaires et accompagnement vers des solutions plus durables y sont proposés, explique Christophe Jouin, chargé de la grande précarité à la métropole. Ces projets ne font pas toujours l’unanimité. L’élu reconnaît que les riverains s’y opposent « très souvent ». À Sainte-Luce-sur-Loire, pourtant, le terrain ouvert il y a plus de dix ans a fini par se fondre dans le décor. Elena Raducan, 40 ans, y occupe un mobil-home « sec et propre » avec ses deux enfants de 9 et 13 ans, scolarisés dans la commune. Une machine à laver tourne dehors. « J’ai vécu sur un terrain sans eau, c’était dur. Ici, il y a une cuisine, une salle de bain. Si un jour le terrain ferme, on verra bien », raconte-t-elle. Elle rêve, à terme, d’un logement social. D’autres habitants préfèrent rester en communauté, et cet autre chemin mérite d’être entendu, plaide Olivier Chateau, adjoint chargé de la résorption des bidonvilles. « Il ne faut peut-être pas rester sur une vision trop classique en se disant que l’aboutissement final doit être le logement social. Certains ne s’inscrivent pas dans ce parcours-là, et il faut aussi l’entendre », défend-il.

Cette réalité dépasse largement un seul quartier. Près de 3 500 personnes vivent sur une soixantaine de sites autour de Nantes, ce qui place la Loire-Atlantique au deuxième rang des départements métropolitains les plus concernés, derrière la Seine-Saint-Denis. Tous les lieux ne connaissent pas le même sort. Non loin des rails de la ligne Nantes-Angers, les baraques du Moulin des Marées sont en partie démontées, le sol jonché de planches et de meubles renversés. Des blocs de béton bloquent l’entrée, que franchissent un homme et un petit garçon venus récupérer des bidons. Le site a été évacué sur décision de justice, à l’initiative de la préfecture. Une expulsion menée « dans un cadre très particulier », justifie Olivier Chateau, qui invoque l’impossibilité d’y mener le travail social nécessaire, une cohabitation très compliquée avec les riverains et des faits de violence sur les deux sites concernés. « Ça ne change rien à notre doctrine, qui est la résorption. Expulser n’est pas résorber », insiste l’élu.

Ces évacuations ont été vivement critiquées, en local comme à Nantes, où l’on dénonce une politique menée « coup par coup » et une « errance » organisée. Philippe Barbo, de l’association Roata qui accompagne les familles roms, regrette pour sa part « l’ineptie des expulsions sans solution de relogement ». Et de fait, plusieurs foyers expulsés ont repris la route vers un terrain situé à quelques centaines de mètres. Radica, 12 ans, vient de s’y installer avec ses parents, qui ne parlent pas français. « Quand ils sont venus, on a pris les affaires et on est arrivés ici », raconte la jeune fille. Avant d’ajouter, lucide, « on verra bien si on reste ».

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