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À Cuba, la Vierge de la Charité reçoit des prières que l’île n’avait pas entendues depuis longtemps

Des milliers de fidèles ont marché derrière Cachita, la sainte patronne de Cuba, pour demander de quoi vivre mieux et sortir d’une crise qui épuise les…

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À Cuba, la Vierge de la Charité reçoit des prières que l'île n'avait pas entendues depuis longtemps

Des milliers de fidèles ont marché derrière Cachita, la sainte patronne de Cuba, pour demander de quoi vivre mieux et sortir d’une crise qui épuise les familles. Cette année, la statue a quitté son manteau jaune pour une robe blanche.

Carlos Trejo n’a pensé qu’à une seule personne. À 34 ans, cet employé de la compagnie nationale d’électricité va devenir père pour la première fois, et le bébé arrive maintenant. Alors il a rejoint la foule venue saluer la Vierge de la Charité du Cuivre, pour lui confier l’accouchement en cours dans un hôpital de La Havane et lui demander de veiller sur la mère et l’enfant. « Je suis venu pour ma femme », souffle-t-il.

Comme lui, ils sont des milliers à avoir suivi ces derniers jours les processions dédiées à la sainte patronne de Cuba et à la Vierge de Regla. Dans les rues du Centro, quartier populaire de la capitale, la statue de « Cachita » avance portée à dos d’homme au milieu des chants, des applaudissements et des prières. Catholiques et adeptes des cultes afro-cubains défilent côte à côte, puisque la Vierge est aussi Oshun, la divinité yoruba. Beaucoup portent du jaune, tiennent des tournesols ou serrent contre eux des poupées à son effigie.

Le décor derrière la fête raconte tout du moment. Environ deux millions de Cubains ont quitté l’île en cinq ans, l’électricité disparaît pendant des dizaines d’heures d’affilée, les médicaments et la nourriture se font rares, les services publics se dégradent. Depuis janvier, un sévère blocus pétrolier américain serre encore un peu plus le pays. Alors les demandes ont changé de nature. À la santé et à la protection s’ajoutent désormais des vœux plus larges, de meilleures conditions de vie, la fin des incertitudes liées aux tensions avec Washington et une vraie sortie de crise.

Signe de cette année à part, l’effigie a été habillée de blanc plutôt que de son traditionnel manteau jaune. « C’est un symbole de paix », explique Ariel Suarez, secrétaire de la Conférence des évêques catholiques de Cuba. De l’autre côté de la baie, la Vierge de Regla, rattachée à Yemaya la déesse de l’eau, a rassemblé des centaines de fidèles, moins nombreux que les années précédentes.

À Regla, Odalys Fernandez, 64 ans, savoure un retour à la normale après plus de quarante heures sans courant. « Grâce à la Vierge, nous avons de la lumière et beaucoup en profitent pour cuisiner », dit-elle. Jessica Napoles, médecin de 24 ans, a fait le déplacement malgré les transports en panne. Elle a réclamé la santé, surtout la santé, et que le peuple cubain sorte enfin de cette situation, avant de tremper ses mains dans la mer où partaient des offrandes de fleurs et de fruits. Elle voit chaque jour des malades affronter le manque de nourriture et de médicaments. « Nous vivons tous difficilement, mais les malades vivent encore plus durement cette situation. »

Au milieu du cortège, une femme a laissé éclater sa joie. Sa fille venait d’obtenir le jour même son visa pour l’Espagne. Le départ, pour beaucoup, ressemble à une porte de sortie. Yenis Grenot, 49 ans, voudrait une autre issue. Après dix-huit ans passés dans le tourisme, un secteur effondré, elle s’est retrouvée sans emploi et vend aujourd’hui des vêtements et des ustensiles d’occasion devant chez elle. « Beaucoup d’entre nous veulent rester ici, mais nous voulons que tout change, que les choses s’améliorent », résume-t-elle. Pour elle comme pour Carlos Trejo, la procession aura au moins servi à ça, tenir encore un peu, ensemble.

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