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La BCE serre les taux face à une inflation dopée par le pétrole

La Banque centrale européenne relève jeudi son principal taux directeur pour contrer une inflation nourrie par la flambée des prix de l’énergie, mais elle…

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La BCE serre les taux face à une inflation dopée par le pétrole

La Banque centrale européenne relève jeudi son principal taux directeur pour contrer une inflation nourrie par la flambée des prix de l’énergie, mais elle garde le silence sur ce qu’elle fera ensuite. Une décision qui pèse déjà sur les prêts, les entreprises et les États de la zone euro.

Les prix de l’énergie s’envolent et la Banque centrale européenne réagit. Jeudi, son conseil des gouverneurs devrait relever d’un quart de point son principal taux directeur, celui sur les dépôts, pour le porter à 2,5%. Un tour de vis décidé lors d’une réunion délocalisée à Berlin, où les vingt-sept membres rassemblés autour de Christine Lagarde tentent de contenir une inflation qui a atteint 3,3% en août dans la zone euro. Un niveau inédit depuis trois ans, très loin de l’objectif de 2% que s’est fixé l’institution.

Le moteur de cette poussée se trouve loin de Francfort. Les tensions entre les États-Unis et l’Iran, tout comme les affrontements entre les rebelles houthis du Yémen, soutenus par Téhéran, et l’Arabie saoudite, alliée de Washington, ont fait grimper les cours. Le baril de Brent a franchi la barre des 100 dollars, une première depuis la fin juillet. En cause notamment, le détroit de Bab el-Mandeb, de plus en plus emprunté par Riyad pour acheminer une partie de ses livraisons, et les espoirs déçus d’une reprise rapide des flux via le détroit d’Ormuz. Dans une zone euro très dépendante des importations d’énergie, ce contexte se répercute directement sur les prix à la consommation.

Relever les taux, c’est renchérir le crédit. Les conséquences se feront sentir sur les prêts immobiliers, le financement des entreprises et les émissions de dette des États. De quoi alimenter le débat politique. En France, Jean-Luc Mélenchon a fustigé ce tour de vis, assurant que le pays se trouve au bord de la récession et que la BCE le conduit droit dans le mur. Il plaide aussi pour l’annulation de la part de la dette française détenue par la Banque de France, un membre de l’Eurosystème. Christine Lagarde pourrait être amenée à répondre à ces critiques, elle qui répète que son mandat s’exerce indépendamment des débats politiques nationaux.

Mais la vraie question porte sur la suite du cycle monétaire. La hausse de jeudi semble acquise, ce qui interroge les marchés sur d’éventuels relèvements supplémentaires. Les nouvelles projections macroéconomiques de la BCE donneront un premier signal, avec des prévisions d’inflation susceptibles d’être légèrement revues à la hausse. L’institution ne peut rien contre un embrasement des prix venu du Moyen-Orient, mais elle scrute les effets dits de second tour sur les salaires et les prix, capables d’entretenir l’inflation dans la durée et donc de forcer à durcir encore la politique monétaire. Pour Eric Dor, directeur des études économiques à l’IESEG School of Management, la grande modération de l’inflation hors énergie montre toutefois qu’il est difficile de déceler de tels effets. Dirk Schumacher, chef économiste de la KfW, s’attend donc à ce que Christine Lagarde donne peu d’indications concrètes sur l’évolution future des taux.

La zone euro, elle, encaisse plutôt bien le coup, ce qui tempère les craintes d’un crédit trop cher qui étoufferait l’activité. Christine Lagarde devrait par ailleurs être interrogée sur son avenir à la tête de l’institution. La sortie de son autobiographie en janvier a relancé les spéculations sur un départ anticipé. Elle n’a pas écarté l’idée de quitter son poste avant l’échéance d’octobre 2027, dans le but de porter une voix européenne dans le débat présidentiel français.

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