Politique
La primaire de tous les pièges pour Raphaël Glucksmann
Favori des sondages dans le camp social-démocrate, l’eurodéputé aborde la course avec une avance fragile. Il doit déjà riposter sur sa gauche, sur les…


Favori des sondages dans le camp social-démocrate, l’eurodéputé aborde la course avec une avance fragile. Il doit déjà riposter sur sa gauche, sur les règles du scrutin et jusque dans les débats.
Raphaël Glucksmann aborde cette primaire avec les sondages de son côté. Les enquêtes le placent entre 10 et 14% des intentions de vote pour la présidentielle. Mais la réalité politique est moins confortable. Le patron de Place publique s’est retrouvé contraint de hausser le ton, mardi matin, après la proposition d’Olivier Faure d’élargir le scrutin à François Ruffin. Sa position tient en une phrase, on ne change pas les règles en cours de jeu. Un cadre de La France insoumise parle d’un vrai guet-apens autour de lui.
L’eurodéputé n’a jamais vraiment voulu de cette primaire. Il ne s’y est résigné que parce qu’il a besoin de l’appareil socialiste pour faire campagne. Encore a-t-il exigé un scrutin fermé, limité à l’axe social-démocrate, ce que les militants PS ont fini par accepter. Olivier Faure, lui, continue de pousser pour un processus ouvert. Le premier secrétaire du PS propose une cotisation à deux euros pour participer au vote, loin des quinze euros actés entre le PS et Place publique. Son entourage l’assume, il s’agit de montrer que Glucksmann courtise d’abord les classes aisées et de faire tomber le masque des partisans d’une primaire fermée. Mercredi, une centaine d’élus et de militants socialistes ont réclamé dans une lettre ouverte d’élargir la compétition à François Ruffin, mais aussi à Matthieu Pigasse et à Marine Tondelier.
François Ruffin avait ouvert les hostilités la veille sur X. Selon lui, l’eurodéputé a toujours refusé une primaire en tête à tête parce qu’il savait qu’il la perdrait. Il a répété que Glucksmann a peur des électeurs. Le candidat de Place publique est aussi accusé de fuir les débats. Il n’acceptait qu’un seul rendez-vous télévisé, sur France 2 le 6 octobre, un exercice dans lequel il ne brille pas depuis son duel raté face à Éric Zemmour. Cette position a agacé le député PS Philippe Brun, et surtout Ségolène Royal. Elle l’a qualifié de chouchou des médias, a raillé sa peur des débats et lui a conseillé de faire autre chose que de la politique. Elle promet désormais de lui demander des comptes sur sa présence à un meeting de Nicolas Sarkozy en 2007. Sous la pression, Glucksmann a fini par se dire prêt à d’autres débats. Des discussions seraient en cours avec plusieurs médias.
Sa gauche ne lui fait pas de cadeau non plus. Les insoumis l’accusent d’incarner le nouveau Macron. Dans une manifestation féministe à Paris lundi, des militantes l’ont pris à partie. Il a minimisé l’incident en parlant de deux femmes, mais le message est tombé, il ne serait pas la vraie gauche. Raphaël Glucksmann admet volontiers ne pas plaire à tout le monde à gauche. Autour d’Olivier Faure, on doute pourtant de lui sans détour. Certains socialistes pointent une stratégie de prudence extrême, l’idée d’en faire le moins possible pour prendre le moins de risques, comme dans la campagne d’Anne Hidalgo en 2022. Le souvenir de ce score historiquement bas à 1,7% plane toujours sur la primaire.
Dans l’entourage de François Hollande, on observe aussi la séquence. L’ancien président attendrait de voir Glucksmann dévisser avant d’envisager de se déclarer. Autour de lui, le constat est rude, même ceux qui soutiennent l’eurodéputé au PS ne le voient pas gagner. La commission d’organisation de la primaire a tenté de calmer le jeu mardi. Elle assure que le rassemblement sera d’autant plus facile que la camaraderie régnera entre les candidats. Pour l’instant, l’ambiance ressemble surtout à une bataille de tranchées.
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