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France Inter en grève contre un éditorialiste recruté chez Valeurs actuelles

Les salariés de Radio France ont voté une grève pour s’opposer à l’arrivée de Charles Sapin, venu du magazine Valeurs actuelles. Ils dénoncent une…

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France Inter en grève contre un éditorialiste recruté chez Valeurs actuelles

Les salariés de Radio France ont voté une grève pour s’opposer à l’arrivée de Charles Sapin, venu du magazine Valeurs actuelles. Ils dénoncent une incompatibilité avec les missions du service public.

Ce mercredi, l’assemblée générale des personnels de Radio France a pris position. Le groupe se déclare prêt à cesser le travail dans les meilleurs délais, sauf si la direction fait marche arrière. Le point de crispation est simple. Charles Sapin, actuel directeur adjoint de la rédaction de Valeurs actuelles, doit devenir éditorialiste politique des week-ends de France Inter. Céline Pigalle, la directrice de la station, a pris cette décision.

L’annonce a immédiatement soulevé une vague de protestations. Dans une motion adoptée à l’unanimité, les équipes de Radio France expriment leur refus catégorique de voir Charles Sapin s’installer à l’antenne. Pour elles, la ligne du magazine hebdomadaire est incompatible avec les valeurs du groupe public. Le SNJ-CGT y voit un organe de l’extrême droite multi-condamné. L’hebdomadaire a effectivement été épinglé plusieurs fois par la justice, notamment en 2021 pour avoir représenté l’élue Danièle Obono en esclave. Il a été racheté en 2025 par des investisseurs parmi lesquels figure le milliardaire catholique Pierre-Edouard Stérin.

La société des journalistes de France Inter évoque une ligne rouge. Le SNJ, autre syndicat, accuse Radio France de se comporter comme un paillasson. Cette image renvoie aux accusations de partialité de l’audiovisuel public en faveur de la gauche, qui avaient débouché sur une commission d’enquête parlementaire lancée par l’UDR, le parti allié au Rassemblement national.

La direction, elle, assume. Elle a rencontré la rédaction mardi et dit vouloir organiser la conversation entre toutes les opinions. Le pluralisme est une mission du service public, défend-elle, encore plus décisive en année présidentielle. Charles Sapin, approché alors qu’il travaillait au magazine Le Point, a donné sa première chronique dimanche sur la dette française. Il a aussi promis devant la rédaction de faire évoluer la ligne de Valeurs actuelles, qui a publié selon lui des papiers indéfendables par le passé. Mais les salariés ne se laissent pas convaincre. Dans leur motion adressée à la présidente Sibyle Veil et à Céline Pigalle, ils martèlent que le pluralisme ne doit pas servir à légitimer les discours de haine.

Ce bras de fer s’inscrit dans un climat déjà très chargé. La commission d’enquête lancée pendant un an a alimenté la méfiance au sein de l’audiovisuel public. Son instigateur a été accusé, avec le bloc central, de vouloir affaiblir le service public, voire de le privatiser, une idée que le RN défend ouvertement. En interne, l’angoisse affleure. « Ça nous fait tous flipper, il faut qu’on soit irréprochable », confie un salarié. L’affaire Thomas Legrand a laissé des traces. Ce chroniqueur de longue date de France Inter, également éditorialiste à Libération, a été définitivement écarté après avoir été filmé à son insu dans un restaurant avec deux responsables du Parti socialiste. Un autre journaliste de l’audiovisuel public, Patrick Cohen, était aussi présent sur la vidéo. Legrand avait été suspendu dans un premier temps, avant de recevoir un large soutien. Aujourd’hui, certains salariés disent se sentir livrés à eux-mêmes.

La pression monte aussi depuis l’extérieur. La chaîne CNews, propriété du milliardaire Vincent Bolloré, a jugé la rentrée de France Inter indigne, en raison de deux billets d’humour. Le premier, signé Jessé, plaisantait sur l’arrivée de néo-nazis à l’antenne après Charles Sapin. Le second, d’Ameziane, comparait le député RN Jean-Philippe Tanguy à un rat. Par ailleurs, Radio France et France Télévisions restent engagées dans une procédure contre les médias Bolloré pour dénigrement, au sujet de l’affaire Legrand-Cohen. Une nouvelle audience est prévue le 25 novembre.

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