Société
Sous les drones russes, deux soldats ukrainiens se disent oui à 30 kilomètres du front
Un couple de soldats de la 60e brigade échange ses vœux dans une forêt, entre traditions anciennes et réalité du front. Leur commandant voit dans cette…


Un couple de soldats de la 60e brigade échange ses vœux dans une forêt, entre traditions anciennes et réalité du front. Leur commandant voit dans cette cérémonie une preuve que la vie continue malgré le conflit.
Un grondement sourd déchire l’obscurité. Des drones d’attaque russes passent au-dessus de la forêt. Mais sur cette colline isolée, à une trentaine de kilomètres du front, la nuit ne ressemble pas à une opération militaire. Ice et Khomotchka avancent en direction de l’autel, encadrés par leurs frères d’armes. Lui a 30 ans et sert dans la 60e brigade. Elle en a 32, elle est médecin militaire dans la même unité.
Ce n’est pas leur premier mariage. Il y a un an, Ice et Khomotchka se sont déjà unis civilement. Mais ils vivaient cet acte comme une simple formalité administrative. Ce soir, ils célèbrent la Mysteriya. Cette cérémonie, inspirée des traditions slaves préchrétiennes et de l’héritage orthodoxe, a été remise au goût du jour par des soldats nationalistes d’Azov. Son but est de rendre hommage aux ancêtres et à ceux qui sont tombés au combat. Dans une guerre qui dure depuis plus de quatre ans, le symbole est fort.
Le sous-bois est humide. Khomotchka porte une chemise traditionnelle. Les flambeaux éclairent les rubans et les couronnes de fleurs suspendus aux branches. Sur l’autel, des épis de blé représentent le renouveau. D’une seule voix, les mariés prononcent leur serment. « Devant nos frères d’armes et nos ancêtres, devant ceux qui ne sont plus là et ceux qui se tiennent devant nous, nous jurons. » Puis ils promettent que l’honneur de l’autre deviendra le leur, que sa maison deviendra la leur. L’assemblée reprend ces mots en chœur.
Le commandant Dmytro Rogoziouk est présent. Il dit que peu d’événements lui procurent une joie sincère. Celui-ci, confie-t-il, montre que tout ne s’arrête pas avec la guerre. Derrière son nom de guerre, Ice cache un regard bleu glacier qui s’adoucit face à sa femme. Il décrit Khomotchka comme inarrêtable, pareille à un fil électrique sous tension. Elle dirige le service médical de l’unité et connaît le coût humain du conflit. Les estimations évoquent des centaines de milliers de morts. « Si nous ne vivons pas ici et maintenant, quand vivrons-nous ? » interroge Khomotchka. La réponse se trouve peut-être dans cette clairière, sous les drones et malgré la guerre.
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