Économie
Les taux d’emprunt à long terme flambent et mettent les grandes économies sous pression
Les États-Unis, l’Allemagne et le Japon voient leurs coûts d’emprunt atteindre des sommets inédits depuis des décennies. Inflation, dettes massives et…


Les États-Unis, l’Allemagne et le Japon voient leurs coûts d’emprunt atteindre des sommets inédits depuis des décennies. Inflation, dettes massives et frénésie de l’intelligence artificielle poussent les taux vers le haut.
Les obligations d’État à long terme vivent des semaines agitées. Le taux japonais à 10 ans est sorti de sa torpeur en atteignant 3% pour la première fois depuis 1996. Le Royaume-Uni n’est pas en reste avec ses rendements à 30 ans qui tutoient leur plus haut niveau en trois décennies. En Europe continentale, l’Allemagne et la France ont également vu leurs taux à 10 ans grimper à des seuils inédits depuis 2011 et 2008. Quant aux obligations américaines à 10 ans, elles s’échangent aux alentours de 4,80%, un sommet depuis le milieu de l’année 2023.
Plusieurs forces tirent ces rendements vers le haut. L’inflation reste collée à des niveaux élevés et les opérateurs de marché redoutent que les banques centrales ne remontent encore leurs taux directeurs. Le prix du pétrole a aussi grimpé avec les tensions entre les États-Unis et l’Iran. À cela s’ajoutent des finances publiques de plus en plus gonflées. La dette américaine vient de franchir le seuil des 40 000 milliards de dollars. Dans les pays du G7, seul l’Allemagne affiche un ratio dette/PIB inférieur à 100%. Le discours musclé du patron de la banque centrale américaine lors du rassemblement de Jackson Hole a encore renforcé l’idée que la politique monétaire restera stricte.
Cette hausse des taux touche tout le monde. Les rendements des obligations servent de thermomètre pour les crédits immobiliers, les prêts étudiants, les crédits automobiles ou encore la dette des entreprises. Quand ils grimpent, emprunter devient plus cher et les projets se font plus rares. La consommation et l’investissement ralentissent, et la croissance risque d’en pâtir. Aux États-Unis, les taux des emprunts immobiliers sur 30 ans sont remontés à près de 6,7%, leur plus haut niveau depuis un an.
Les États paient aussi une note plus salée. Chaque nouvelle émission de dette coûte plus cher quand les taux sont élevés. Le Royaume-Uni consacre aujourd’hui près de 4% de son PIB au paiement des intérêts de sa dette. C’est environ deux fois plus que la moyenne de la décennie précédant la pandémie et cela dépasse les dépenses consacrées à la défense.
Un autre facteur a émergé au cours des derniers mois, les besoins massifs de financement des géants de l’intelligence artificielle. Alphabet, Amazon, Meta, Microsoft et Oracle ont émis 220 milliards de dollars de dette cette année pour construire des centres de données et développer leurs modèles. C’est plus du double des montants empruntés l’an dernier. Le total des émissions d’obligations d’entreprises dans le monde atteint ainsi un niveau record de 4 900 milliards de dollars depuis le début de l’année, en hausse de 14%.
Les autorités ne restent pas sans réaction. Le Trésor américain a lancé des rachats d’obligations pour tenter de stabiliser le marché. Cela a fonctionné un temps, mais les taux longs sont repartis à la hausse. Le secrétaire au Trésor américain estime que la bonne santé de l’économie relativise ces craintes. Les banques centrales ont aussi des outils pour intervenir en cas d’urgence. La Banque d’Angleterre avait par exemple acheté des obligations lors de la crise du budget britannique de 2022. La Banque centrale européenne peut agir de même si une hausse des taux d’un pays membre devient injustifiée et désordonnée, sous réserve que ce pays respecte les règles budgétaires de l’Union européenne.
Reste à savoir si la situation va s’apaiser. De nombreux investisseurs estiment que la hausse actuelle des rendements est normale, compte tenu du volume d’emprunts et du niveau d’inflation. Une accalmie sur les prix du pétrole pourrait apporter un certain soulagement. Mais ils préviennent que les taux longs ne se détendront vraiment que lorsque les gouvernements agiront de manière coordonnée pour réduire leur dette ou doper leur croissance. Autrement, ceux qu’on appelle les « bond vigilantes » resteront aux aguets. Ce sont les investisseurs qui punissent les États trop dépensiers en exigeant des rémunérations plus élevées sur leurs obligations. Ils font de même quand ils jugent que les autorités ne contrôlent plus correctement l’inflation.
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