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Édouard Balladur s’éteint à 97 ans, l’homme qui défia Jacques Chirac pour l’Élysée

Le dernier Premier ministre de François Mitterrand est mort lundi à Paris. Retour sur une trajectoire faite de privatisations, de cohabitation et d’une…

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Édouard Balladur s'éteint à 97 ans, l'homme qui défia Jacques Chirac pour l'Élysée

Le dernier Premier ministre de François Mitterrand est mort lundi à Paris. Retour sur une trajectoire faite de privatisations, de cohabitation et d’une déchirure avec son ami de trente ans devenu rival.

Édouard Balladur s’est éteint lundi à Paris, à 97 ans. Avec lui disparaît une des figures les plus singulières de la droite française, un homme souvent jugé distant et hautain, mais que ses proches décrivaient comme un honnête homme au style désuet. On le voyait en costume à double poche et chaussettes rouges, d’une courtoisie presque trop appuyée. Lui-même reconnaissait, avec une pointe d’ironie, que cette politesse extrême pouvait devenir « un peu lassante ». Il restera surtout comme l’ami de trente ans de Jacques Chirac, cet ami qui finira par le trahir en se lançant dans la course présidentielle de 1995.

L’histoire commence loin de Paris. Né en 1929 à Smyrne, dans une famille de riches marchands levantins catholiques, il quitte la Turquie avec les siens et débarque à Marseille, où la famille obtient la naturalisation française. Élève appliqué, il enchaîne avec des études de droit puis l’ENA, avant d’entrer au Conseil d’État. À 35 ans, il rejoint le cabinet de Georges Pompidou, alors Premier ministre du général de Gaulle. En 1968, il participe aux accords de Grenelle aux côtés de Jacques Chirac. Il avouera plus tard dans une tribune testamentaire être passé à côté d’une crise de civilisation, admettant n’avoir pas compris les événements de Mai 68. Il suit ensuite Pompidou à l’Élysée, avant de s’éloigner de la politique pendant quelques années.

C’est Chirac, devenu président du RPR, qui vient le chercher dans les années 1980. En 1986, la droite gagne les législatives et Édouard Balladur devient le tout-puissant ministre de l’Économie, des Finances et des Privatisations dans le premier gouvernement de cohabitation. À une époque où le libéralisme économique triomphe à Londres et à Washington, il lance en France un vaste programme de privatisations pour défaire les grandes nationalisations de 1981. Puis la droite perd en 1988 et patiente cinq ans. En 1993, elle reprend l’Assemblée nationale et François Mitterrand, affaibli, doit accepter une nouvelle cohabitation. Chirac, lui, ne veut pas retourner à Matignon. Il laisse la place à son ami. Les rôles semblent clairs, Balladur gère le gouvernement, Chirac prépare la présidentielle.

Sauf que le nouveau Premier ministre devient vite populaire. Trop populaire. Le 18 janvier, poussé par une partie de la droite, dont le clan Pasqua et un jeune Nicolas Sarkozy, il se déclare candidat à l’Élysée. Longtemps donné gagnant au premier tour, il voit pourtant son avance fondre. Son image se fige dans des caricatures qui le montrent en perruque Louis XV sur une chaise à porteurs. Sa réserve naturelle, sa froideur, son amour du cérémonial républicain lui jouent des tours. Il l’admettra lui-même dans ses dernières écritures, reconnaissant avoir manqué de chaleur et de rayonnement dans son rôle public. Pendant ce temps, Chirac mène une campagne offensive sur le thème de la fracture sociale et l’emporte au second tour face au socialiste Lionel Jospin. Cette bataille fratricide marquera durablement la droite, divisée entre chiraquiens et balladuriens.

Édouard Balladur retrouve alors son siège de député de Paris et préside la commission des Affaires étrangères de l’Assemblée nationale à partir de 2002. En 2006, à 77 ans, il annonce son retrait de la vie politique active. Quatre ans plus tard, il refuse d’entrer au Conseil constitutionnel, une proposition pourtant venue de son ancien protégé Nicolas Sarkozy. C’est à ce moment que la justice le rattrape. Dans le cadre de l’affaire Karachi, il est soupçonné d’avoir financé sa campagne de 1995 grâce à des rétrocommissions sur des contrats d’armement avec le Pakistan. Mis en examen en 2017, il nie tout financement illicite et finit par être relaxé en 2021. Son ancien ministre de la Défense, François Léotard, n’aura pas la même chance et sera condamné à deux ans de prison avec sursis. Édouard Balladur s’en allait discrètement, comme il avait vécu une partie de sa carrière, entre ombre et lumière.

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