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Obilic, la ville du Kosovo où le cancer a marqué chaque famille

Entre deux centrales au charbon, les habitants d’Obilic ne parlent que de maladies. Le fils de Jovan Zivic est mort en 2010, sa femme quatorze ans plus…

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Obilic, la ville du Kosovo où le cancer a marqué chaque famille

Entre deux centrales au charbon, les habitants d’Obilic ne parlent que de maladies. Le fils de Jovan Zivic est mort en 2010, sa femme quatorze ans plus tard, et des maisons se vident.

Le café de Jovan Zivic donne sur une route qui mène aux cheminées d’Obilic. Depuis son comptoir, il voit la fumée brunâtre s’échapper des installations voisines. Son fils adolescent est mort en 2010, puis son épouse en 2024. Beaucoup de ses clients racontent des histoires semblables. Aucune famille n’aurait été épargnée, assure-t-il.

La petite localité est prise en étau entre deux centrales qui brûlent du lignite, ce charbon de mauvaise qualité extrait sur place. Kosova A date des années 1960, Kosova B des années 1980. Ensemble, elles fournissent l’essentiel de l’électricité du Kosovo. Le Parlement a fini par classer la zone en « zone environnementale en danger ». Mais impossible de mesurer précisément l’ampleur des cancers, car le pays ne possède pas de registre national.

Les habitants n’ont pas besoin de chiffres pour mesurer ce qu’ils respirent. Brahim Gashi, mécanicien retraité, a perdu son frère d’un cancer de la gorge. Il rappelle que tout le Kosovo tire son électricité de leur ville. Pendant des années, Safet Haziri a travaillé dans ces centrales, chargé de surveiller les tapis qui amènent le charbon vers les générateurs. Il a longtemps respiré des poussières et des gaz qui lui brûlaient la gorge, jusqu’à ce qu’un cancer lui fasse perdre une partie du côlon. Aujourd’hui, il vit avec une poche de recueil sur le ventre et dit avoir avalé plus de poussière que de pain.

Le syndicat des employés de l’entreprise énergétique publique voit des cas se multiplier chez les anciens. En 2021, 35 salariés sont morts sur un effectif d’environ 3 300 personnes. La plupart souffraient de maladies graves, dont des cancers. Pour le vice-président du syndicat, ce n’est pas un hasard. La direction des centrales, elle, n’a pas répondu aux sollicitations.

Les relevés officiels de 2025 montrent que la concentration de particules fines à Obilic dépasse de plus du double le seuil recommandé par l’OMS. Le gouvernement a investi des millions d’euros pour réduire les rejets, mais la Commission européenne estime que la pollution reste incontrôlée. En avril, l’institut national de santé publique a réclamé des « mesures urgentes ». Peu de temps après, le procureur général a ouvert une enquête pénale contre les deux installations, pour contamination, dégradation et destruction de l’environnement. Une grande première au Kosovo.

Safet Haziri doute que cette procédure change quelque chose à son sort. Les masques de protection, dit-il, sont arrivés trop tard, après des années passées à respirer la poussière. Jovan Zivic voit le quartier se vider. Environ une maison sur trois serait abandonnée dans son secteur. Mais il n’imagine pas partir. Son fils et sa femme sont enterrés ici. Il veut être enterré à leurs côtés.

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