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Juifs orthodoxes dans les Alpes, une phrase déclenche la polémique

Une commerçante des Deux Alpes reproche à un vacancier juif orthodoxe d’être trop nombreux. Sa vidéo, devenue virale, pousse le gouvernement à réagir et…

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Juifs orthodoxes dans les Alpes, une phrase déclenche la polémique

Une commerçante des Deux Alpes reproche à un vacancier juif orthodoxe d’être trop nombreux. Sa vidéo, devenue virale, pousse le gouvernement à réagir et rouvre un débat sensible.

Depuis bien longtemps, les familles juives orthodoxes ont pris l’habitude de passer l’été dans les Alpes. Elles y cherchent la fraîcheur, la tranquillité et un cadre qui correspond à leur mode de vie. Mais cette présence nombreuse et très codifiée ne passe pas toujours bien auprès des habitants et des autres vacanciers. Cet été, la tension a fini par éclater aux Deux Alpes, une station de l’Isère située aux portes des Écrins. Une vidéo filmée sur une terrasse de buvette a fait le tour des réseaux sociaux. On y entend une commerçante lancer à un homme juif orthodoxe que sa communauté est trop nombreuse et que cela finit par excéder les gens.

La réaction ne se fait pas attendre. Le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, qualifie ces propos d’antisémites et annonce l’ouverture d’une enquête. L’homme qui a filmé est Elie Sultan, un libraire parisien de 53 ans, barbu, qui fréquente la station depuis des années. Il explique qu’il venait de s’installer en famille sur la petite terrasse du snack, au pied des pistes de luge d’été. Il se dit choqué, lui qui n’avait jamais entendu une telle remarque ici. «Y a-t-il un quota de juifs admis dans les montagnes ?» ironise Me Éric Hattab, président du CRIF Grenoble-Dauphiné. L’enquête a été transmise au parquet de Grenoble pour étude.

La commerçante visée par la vidéo a refusé de s’exprimer. Ses confrères de la station, qui préfèrent rester anonymes, estiment que l’affaire est montée en épingle et que les mots ont été sortis de leur contexte. Sur place, les griefs contre les communautés orthodoxes reviennent pourtant souvent. Certains leur reprochent d’être trop nombreux, de ne pas s’intégrer à la vie locale, ou de ne fréquenter que les restaurants casher. Une habituée de longue date, Danièle, 61 ans, venue de Camargue, ne mâche pas ses mots. «Nous, ils nous dérangent, on en a marre», dit-elle, tout en affirmant n’être pas antisémite. «Ils ne s’intègrent pas. Alors on les ignore, on fait comme s’ils n’étaient pas là.»

D’autres accusations circulent, comme le fait de laisser les plaques chauffantes allumées ou de neutraliser les interphones pendant le shabbat, ce repos hebdomadaire observé du vendredi soir au samedi soir, période durant laquelle il est interdit de toucher à l’électricité. Pour les vacanciers concernés, la montagne représente tout autre chose. Elle offre un air sain, des activités comme la randonnée ou le rafting, et une certaine pudeur, loin des plages où les corps sont dénudés. Mendel, un Parisien de 40 ans à la kippa bleu velours, évoque des vacances «plus propres» et «respectueuses de la pudeur». Sur l’aire de jeux, ses cinq enfants s’amusent avec d’autres pendant que les mères, en robes longues ou perruques, surveillent. À quelques pas, des familles avec poussettes patientent devant un stand de crêpes et de glaces casher, après un après-midi à la bibliothèque ou au trampoline.

La présence orthodoxe dans les Alpes a une longue histoire. Le séminaire d’été Beth Loubavitch, né à la fin des années 60 à l’arrivée en métropole de centaines de milliers de juifs d’Afrique du Nord, s’installe chaque été dans une station différente. Cette année, il a posé ses valises aux Deux Alpes pour trois semaines, attirant des centaines de participants. Dans les rues, les hommes du mouvement se repèrent à leur costume sombre, leur chapeau noir et leurs franges rituelles, les tsitsit, qui dépassent des chemises.

La cohabitation laisse des traces chez certains. «À chaque fois, on nous montre du doigt», regrette Hannah Lasry, la trentaine. Pour autant, tout n’est pas négatif. Helena, 41 ans, estime que les comportements hostiles restent des cas isolés et qu’elle se sent bien accueillie avec ses proches. La mairie des Deux Alpes, elle, se contente de rappeler ses valeurs d’ouverture, de respect et d’inclusion. Un élu d’une autre station alpine confie que c’est un sujet brûlant, difficile à aborder, car un mot de travers peut tout enflammer.

La question est aussi économique. Des organismes privés de tourisme casher réservent parfois des hôtels entiers pour les vacances d’été. À l’Alpe d’Huez, Deborah Sultan et son mari ont accueilli 250 clients du monde entier dans un établissement loué via leur société, en respectant les règles de la cacheroute. En 2019, cette clientèle représentait près de 20% de la fréquentation du mois d’août. Aujourd’hui, elle ne pèse plus que 1%, selon le directeur de l’office du tourisme. La montée en gamme des hôtels, plus chers à privatiser, explique en partie cette baisse. Le maire de la station, Jean-Yves Noyrey, se souvient d’ailleurs de tensions passées autour de la piscine ou du terrain de foot. Mais il assure que depuis, tout s’est apaisé et que chacun a fait un effort.

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